Le Choléra – Éric Mie

7,0010,00

Écoutez un extrait

Le prix indiqué ne comprend pas la livraison.
Estimez les coûts de livraison en fonction de votre zone géographique sur la page mon panier
La livraison ne s’applique pas aux produits « virtuels » (téléchargements)

* Digipack : Album physique + téléchargement de l’album numérique

Effacer

Description

Fin 2009, Eric Mie sort son deuxième album solo : Le Choléra. Plus noir et plus mélancolique, ce deuxième album confirme l’univers poético-anarchiste de l’artiste auteur-compositeur-interprète. La pochette est signé Arno Paul pour la photo et Laurel pour les dessins..

 

Le Choléra

        Cliquez sur les titres des chansons pour en lire l’histoire..

1. V'là l'Choléra (03:09)
Une partie entière de ma bibliothèque est consacrée à l’anarchisme et aux anarchistes. Depuis l’adolescence ce mouvement philosophique et politique me fascine et m’aide à vivre. Ne trouvant pas d’ouvrages libertaires dans ma région, à chaque fois que je monte sur Paris je dévalise la librairie Publico (Librairie spécialisée dans les livres anarchistes et le mouvement ouvrier et révolutionnaire.) au 145 rue Amelot. C’est là-bas que je suis tombé sur cette poésie de Louise Michel qui m’a interpellée. Car elle est incroyablement moderne et elle ne correspond pas à son style habituel qui est, plutôt, classique et teinté de romantisme. On dirait une chanson d’Aristide Bruant. Pourtant elle se trouve bien dans l’œuvre poétique, recueillie et présentée par Daniel Armogathe et Marion V. Piper aux éditions La Découverte, « à travers la vie et la mort » (2001) sous le titre : « V’la l’choléra qu’arrive ». Dans les notes, il est dit que ce poème inédit était déjà une chanson à l’époque et que le manuscrit, accompagné des notations musicales, est conservé à l’I.H.S.A (Institut d’Histoire Sociale en Aquitaine). N’ayant pas trouvé la partition originale, et adorant ce texte, j’en ai composé une autre le 21 Septembre 2005. Mais sa ressemblance avec l’écriture de Bruant me chiffonne. Pour en avoir le cœur net, je fouille dans mes bouquins. Et, étrangement, je le retrouve dans le recueil « DANS LA RUE  Chansons & monologues (1889‐1895) par Aristide Bruant » Alors qui peut me dire de qui est cette chanson ? Car Bruant était connu aussi pour avoir plagié pas mal de ses contemporains. Et si c’est une chanson de Bruant, pourquoi elle se trouve dans l’œuvre poétique de Louise Michel ? Le mystère reste entier.

Avec Félix Lobo, nous devions écrire et proposer du neuf à chaque nouvelle rentrée au directeur du Caveau de La République. Comme ce mois de Novembre 2009 c’était « La Grippe A » qui faisait la Une de tous les journaux, je propose à Félix de faire une parodie du poème de Louise que j’ai mis en musique. On va le faire, en une heure, au téléphone, à 100 bornes l’un de l’autre. Voici cette version :

« Après la peste noir, le choléra, la tuberculose, le cantal cantal (heu non le beri-beri), la grippe aviaire et le Claude Allègre aliénée (heu non la vache folle) voici celle qui signe son nom de la pointe de sa seringue d’un A qui veut dire Grippe A !

J’ai les deux mains gercées c’est nul
A forc’ de les laver
Et une bonn’ cinquantain’ de pulls
Qui sont contaminés
Ma femm’ privé de mes bisous
Est devenue mon ex
Et j’ai 200 poubelles en tout
Rempli de vieux kleenex
A la télé, à la radio
Ils nous font leur ciné
Du coup tu passes pour un idiot
Si t’es pas vacciné
Déjà qu’on peut plus fumer d’dans
Plus cong’ler ses gamins
Plus rouler vite et ben maint’nant
On roul’ mêm’ pu d’ patins

V’là la grippe a ! V’là la grippe a !
V’là la grippe a qu’arrive
Ça fait danser dans les labos
Jaser tous les bobos
Lalalalalalalala Atchoum !

Les médecins, les pharmaciens,
Prescrivent des piquouzes
Chacun son masque, moi le mien
C’est un de mickey mouse
Mêm’ mon voisin qu’est paysan
Bah ça lui fout les boules
Lui qu’aim’ ses bêt’s comm’ sa maman
Il embrass’ plus ses poules

Quand t’arrive dans un lieu public
Il faut t’laver les mains
Tu demandes tes papiers aux flics
Il faut t’laver les mains
Un type se noie, tu veux l’ sauver
Il faut t’laver les mains
T’étrangles une vieille pour rigoler
Il faut t’laver les mains
Tu jettes une pierre pour t’amuser
Il faut t’laver les mains
T’as les chaussures qui sentent mauvais
Il faut t’laver les… pieds
T’as une haleine de pélican
Il faut t’laver les dents
T’as un karcher et il fait beau
Faut laver ta Twingo !

V’là la grippe a ! V’là la grippe a !
V’là la grippe a qu’arrive
Tous aux abris, sortez le fusil
Pour la PAN-PANdémie !

Moi la grippe A j’l’ai prise en grippe
J’suis sûr’ qu’on s’fout de nous
Que tous ceux qui cassent leurs pipes
Font semblant d’êtr’ dans l’ trou
Mêm’ des malad’s je me méfie
Avec leurs pauvres têtes
Toujours au lit, bien trop au lit
Pour êtr’ des gens honnêtes
C’est une fourberie macabre
Pour nous faire ignorer
Que le A de gripp’ veut dire arbre
Qui cache la forêt
Car pendant qu’ les médias nous mettent
Le nez dans nos mouchoirs
Y’a les lois les plus malhonnêtes
Qui passent sans se faire voir !…

Refrain final :
V’là la grippe a ! V’là la grippe a !
V’là la grippe a qu’arrive
V’là la grippe a ! V’là la grippe a !
V’là la grippe a que v’là
Et quand on s’ra tous vacciné
Quand on sera bus Enrubé
Bah y’aura la Grippe B ! »

Même si le public riait et adorais cette version, c’est naturellement le texte de Louise Michel, ou d’Aristide Bruant, que j’ai préféré enregistrer pour commencer mon troisième album que j’ai nommé, d’ailleurs : « Le Choléra » avec sur la pochette l’une de mes plus belle photo signée Arno Paul décorée des magnifiques dessins de la talentueuse Laurel.

2. Loin du mélo (02:36)
En 2004, Pascal Burgain (leader du groupe de musique trad. « Idyll » pour qui j’ai travaillé, en tant que parolier, sur un album complet) a l’envie de se lancer dans un projet solo. Il me demande de lui écrire des textes sur les musiques qui l’a déjà composées. Il m’envoie donc un disque. J’essaye de coller mes mots sur ses parties mélodiques. Ainsi je vais accoucher de huit textes spécialement pour lui. Il voulait que je parle essentiellement des rapports humains. Il m’avait donné, comme exemple à suivre, les premières chansons de Vincent Delerm. Malheureusement, Pascal va être emporté par le tourbillon des responsabilités et abandonnera ce projet. Je range donc ces textes au fond de mon tiroir. Un jour de 2008, je prends ma guitare et m’installe au milieu du salon pour chanter quelques-unes de mes nouvelles chansons à ma compagne. Sans lui dire, je coche dans ma tête celles qu’elle aime pour préparer la liste de mon futur album. Et, par hasard, je retombe sur l’une des chansons pour Pascal. Je la chante. Elle me dit : « Elle est géniale celle-là ! Faut absolument qu’elle se trouve sur l’un de tes disques ! ». Je n’avais absolument pas prévu ça. « Mais la musique n’est pas de moi ! Et c’était un texte pour un autre ! » Dis-je. Mais elle insiste.
Pour l’écriture, je m’étais inspiré d’un jeune couple, avec une petit fille, alors proche de nous à cette époque. Je croisais le père en vélo, amenant chez la nourrice sa petite assise sur le siège arrière, quasiment tous les matins. Je le trouvais bien courageux de le faire en vélo car, de chez lui à la nourrice, y’avait une énorme pente. Leur séparation à été comme un choc. Dans ces cas là, je pense toujours au derniers vers de Brel dans « L’amour est mort » :
Ils ont oublié les vertus
De la famine et de la bise
Quand ils dormaient dans deux valises
Et…, mais nous, ma belle, comment vas-tu?
Je vais donc l’enregistrer sur mon deuxième album et elle va devenir la préférée de pas mal de filles dont iris !…
3. C'est déjà hier (03:06)
Voilà une chanson écrite les 24 Septembre 2001, 6 Avril 2004 et 20 Avril 2006. En fait au tout début c’est un poème perdu dans un cahier d’écolier :
Ce n’est plus le printemps
C’est un automne en blanc
Comme une mariée
Un grand soleil frimant
Qui croit naïvement
Encore y arriver
Trois ans après je retombe dessus. J’aime. Je rajoute alors inspiré :
C’est un volet qui claque
Etonné de la claque
Qu’un méchant vent lui donne
C’est la fin de la vie
Pour la feuille jaunit
Et la guerre qui tonne
Puis je referme le cahier pour deux ans. Et puis un matin d’avril je retombe dessus. J’aime toujours autant ce poème mais j’ai l’impression qu’il y manque sa finalité. Je cherche, griffonne et abandonne toutes mes idées. J’ouvre la radio. On me dit que le conflit entre le roi Gyanendra Bir Bikram Shah Dev du Népal et la coalition des sept principaux partis politiques du pays prend des allures de plus en plus sanglantes. Puis on me parle de Foot et du dernier tirage du Loto. Qu’est-ce que ça veut dire « des allures sanglantes » ? Je fais une recherche. Ça veut dire que la police a reçu l’ordre de tirer à vue sur tout manifestant. Et qu’il y a des morts. Beaucoup. Mais on parle de foot et on s’en fout. Comment pourrait-ton se connecter réellement avec la réalité des choses ? On ne sait même plus ce qu’est une guerre avec notre cœur baignant dans son cocon de graisse… Comment on va faire quand elle va revenir ? Je pensais à tout ça quand j’ai ré-ouvert le cahier. S’imaginer ce qu’est une véritable catastrophe pour soi-même et terminer le poème :
J’évite les fenêtres
De peur de reconnaître
En regardant dehors
Dans le tas de débris
Un jouet de ma fille
Un morceau de son corps
Le jour se lève enfin
Mais c’est déjà hier
La chambre est un jardin
La cour un cimetière
La musique viendra tout seul comme une évidence.
4. La Moribonde Onde (03:49)
En vieillissant, l’écran plat (qui porte bien son nom) m’a dégouté et je dois avouer que je regarde quasiment plus cette chose qui me fascinait tant enfant. D’ailleurs depuis 2008, je n’ai plus, à proprement parlé, de Télévision. Car au passage à la TNT nous n’avons pas voulu nous équiper et nous nous servons de notre écran juste pour visionner des dvd ou des trucs téléchargés. Par contre, je suis un très grand auditeur des ondes. Et comme on ne peut critiquer que ce que l’on connaît bien, j’avais toujours en tête l’idée de faire un jour une chanson pamphlet sur la radio. Je l’écoute depuis 1991. En fait étant fan de Patrick Font, un ami m’a conseillé d’écouter France Inter tous les dimanches matins de 10h à 12h. C’était mon émission culte à moi. Comme les anciens qui nous friment la tête avec leur « Tribunal des Flagrants Délires », je peux vous parler des heures entières de « Rien à cirer ». Du coup j’ai accroché à cette radio. J’étais France Inter. Et Alain Passerel, Patricia Martin, José Artur, Macha Béranger, Pierre Bouteiller, Noëlle Bréham, Philippe Collin et Xavier Mauduit, Patrice Gélinet , Stéphanie Duncan, Jean-Louis Foulquier, Lucien Jeunesse, Kriss, Frédéric Lodéon Daniel Mermet, Jean-Marie Pelt, Claude Villers, Joël Collado, Marie-Pierre Planchon, Isabelle Motrot, Alain Poulanges, Alain Rey, Jérôme Garcin, Bernard Lenoir, Gilbert Denoyan, Gérard Lefort, Hervé Pauchon , Zoé Varier, entre autre, m’ont fait passer d’excellents moments. Et je ne remercierais jamais assez Valérie Bour de m’avoir fait visiter les coulisses de ma radio préférée. Mais plus les années passaient, plus je trouvais que ma radio changeait et pas dans le bon sens. Je n’écoutais les autres stations, comme Europe 1 ou RTL, que quand la mienne était en grève et c’était toujours un véritable choc. Comment peut-on écouter une radio saucissonnée toutes les 5 minutes par de la pub et avec ce ton poujadiste insupportable ? Je ne voulais pas que ma France Inter devienne putassière comme ses petites sœurs du privé. Mais je dois avouer que petit à petit, la ligne directrice de la station à eu raison de moi. Je suis passé sur France Culture. Jadis cette radio me semblait parler une autre langue mais aujourd’hui j’ai l’impression d’écouter mon France Inter du début des années 90. Alors c’est moi qui vieillit. « Les Chemins de la Philosophie » chaque matin à 10 heures, par exemple, m’enchante. Bref aujourd’hui je suis France Culture. Une des dernières émissions que j’adorais sur France Inter était « La Bande à Bonnaud » diffusée du lundi au jeudi de 16h30 à 18 heures durant la saison 2006-2007. Elle était consacrée à la culture et animée par Frédéric Bonnaud. Ça me faisait penser à « L’assiette Anglaise » du regretté Bernard Rapp. J’aimais, chaque soirée, cette voix calme et apaisante me conter les nouveautés culturelles non sans subversion. En juin 2007, la direction de la station décide de supprimer l’émission. Officiellement ils diront que c’est par manque d’audience mais, selon les syndicats CGT et Sud, c’est l’impertinence politique de l’émission qui est visée, signe d’une reprise en main politique de France Inter dans le but de plaire au nouveau gouvernement. Plus largement, les journalistes craignent alors une chasse aux sorcières, que la direction privilégie le divertissement sur la culture. En dépit du soutien du personnel de la station qui se met en grève le 28 juin 2007, la « Bande à Bonnaud » est supprimée et sera remplacée par une émission, en différé, animée par l’immonde Yves Calvi. Cette histoire m’écœure. Et la petite musique du robinet de la pensée unique chaque jour aussi. C’est une déception amoureuse qui me pousse à écrire cette chanson. France Inter m’a trompée. Je la quitte. Mais non sans avoir écrit ma petite chanson méchante que je vais dédier, tout naturellement à Frédéric Bonnaud.
A noter la présence de Casimir, d’une auditrice du « téléphone sonne », de Serge Dassault et de Jean-Michel Aphatie (qui venait de quitter France Inter pour RTL à l’époque) dans la chanson. Aphatie dit clairement qu’il fait de la propagande ultra-libéral tous les matins. Ce bout de radio date du lundi 29 novembre 2004.
5. Mon cancer généralisé (00:33)
Puisqu’il faut tout optimiser dans cette époque de slogan publicitaire, de politiquement correct, de pensée unique et de dictature fun, je me suis dit : « Positivons la mort aussi et essayons de profiter de ses métastases ! » Je ne vais pas spoiler ma propre chanson. Sans doute la plus courte de mon répertoire.
6. Le Con (02:52)
Vous voulez que je vous dise : je suis con. Oui vous avez bien lu. Je suis distrait, maladroit, confus, rêveur, naïf, lâche bref : con. Pire, mon beau-frère utilise mon nom pour insulter les gens qui vivent autour de lui quand ces derniers font une connerie. « Rhaaaa ne fait pas ta Mie ! » dit-il, parfois, à sa femme. Con vous dis-je. Ce n’est pas pour rien que j’ai raté ma scolarité. Dislecsique, dyscalculique, enfant d’alcoolique… j’ai tous les termes en « ique », moi ! Je n’en suis pas plus fier que ça. Je recherche toujours mes mots, et c’est naturellement les plus évidents qui m’échappent, et je n’ai aucun sens de l’orientation. Quand aux meubles que je monte. Si on les considère comme une installation artistique c’est plutôt intéressant… Quand une ampoule crame, je me dis juste qu’il va falloir que j’apprenne à vivre dans l’obscurité. Oui, niveau bricolage, je suis archi-nul. Je n’y connais rien en bagnoles et je déteste ça, je suis sportophobe et rien ne m’intéresse vraiment à part le théâtre, la chanson et le dessin. En plus je suis paresseux… Tellement feignant que je roupille au lieu d’aller trainer au bistrot, c’est vous dire… Je n’ai aucune volonté alors je ne vois pas comment, un jour, je pourrais en demander des dernières. Mais j’aimerais quelques fois avoir un papier qui explique ma connerie chronique afin de me sortir de pas mal de difficulté. C’est-à-dire que face à l’étonnement de mes contemporains, j’aimerais pouvoir sortir ma carte d’handicapé et dire : « non mais c’est parce que je suis con. Voilà pourquoi. »
Dans mon petit village, mon voisin à sa place réservé sur le trottoir pour sa belle voiture. Je le sais. Dès le premier jour où j’ai aménagé, il me l’avait dit : « ça, c’est ma place. Donc faudra vous garer ailleurs. Je compte sur vous. » Lui ce n’est pas un con. C’est, disons, autre chose. En tout cas, les autres habitants du village me l’avaient dit : « essaye de te garer ailleurs. Ça ne sert à rien de le mettre en rogne. » Car c’est un sanguin mon voisin. Mais on ne change pas un esprit qui perd, et, à peine une semaine après ses recommandations, je me suis garé sur sa place. Du coup, il m’a hurlé dessus avec véhémence. « Mais c’est pas possible !!!… Je vous l’avais dit pourtant !… Mais vous êtes con ou quoi ? ». À cette dernière question j’ai répondu tout simplement : « Bah oui. Je suis con. » Ça lui a coupé la chique. Il est reparti chez lui et il a dit à sa femme : « le voisin est con et c’est lui-même qu’il le dit. » Je riais comme on rit quand on a gagné la partie. C’est cette anecdote qui m’a inspiré cette chanson. Donc le samedi 1er Novembre 2008, j’écris et compose cette chanson. A la base, je la pensais pour le duo « Lobo & Mie ». Mais quand je l’ai interprété à ma compagne, elle m’a dit : « elle est trop bien, faut la mettre dans ton solo ! » Alors comme je n’ai ni dieu, ni maître mais une compagne, je l’ai écouté. Con vous dis-je…
7. Les Tourmentes (04:40)
La réalisation de l’album « Le Choléra » à été difficile, longue et sombre. Maël Nesti avait des problèmes de santé. il a fait plusieurs séjours à l’hôpital. À chaque fois on avait peur pour lui. Entre ses séjours, le moral n’était pas au beau fixe non plus. Le cafard s’invitait souvent, sans cravate, à nos soirées. Drôle de mois de Juin 2008 où le soleil n’arrivait même plus à nous redonner la patate nécessaire pour sourire à la vie. Tout était gâché, fichu comme un mouchou dans un mouchoir…. C’est donc pendant ce triste mois de cafard que je me mets à vouloir décrire mes éternels tourments. Je tourne autour du sujet sans jamais lui foutre un coup de boule frontal. Au milieu de cette laborieuse et noire écriture ma deuxième fille m’appelle pour venir jouer avec elle. Je suis tellement dans mes rimes que je lui ronchonne un : « Pas le temps !… Rhaaaa… » Alors elle va s’asseoir au bord des larmes afin de pécher un psychrolutes marcidus, le poisson le plus moche du monde… Je me dis que je n’ai pas le droit de lui faire ça. Je ne suis plus tout seul avec ma mélasse maintenant. Faut que je me remue. Je suis parti jouer avec Célestine. Ma chanson sera donc courte. Quand j’y retourne le soir, j’ai trouvé l’idée du dernier couplet et les quelques accords qui vont la porter. Je suis impatient de la faire écouter à Maël. Mais il est encore à l’hôpital. A peine arrivé dans sa chambre, je lui raconte ma nouvelle chanson. Il me dit : « chante-là que je vois… » Il me sort du dessous de son lit un ukulélé. Je ne sais pas jouer de cet instrument si à la mode chez les chanteurs « fraises tagadada ». Alors je lui donne les accords et pendant qu’il les égraine sur son jouet, je lui chante « Les Tourmentes ». Malgré la tristesse du propos, il reprend son sourire et me dit enthousiasmé : « faut la mettre sur le disque ! » Elle y sera. C’est même l’une de mes préférées mais qui a été un petit peu boudé par mon public. J’avais oublié de mentionner une chose importante dans le livret concernant cette chanson. L’album entier « Le Choléra » (comme tous mes albums et l’album studio de Lobo & Mie) a été enregistré dans les Studios NESTI à Nancy. Sauf cette chanson… Elle a été enregistrée dans mon village Haigneville dans la salle de la Mairie. On avait mis des tapis partout par terre. Olivier Herrmann faisait de la « Slide Guitar», Mael Nesti de la guitare électrique et moi je chantais assis tout près du micro… C’était la nuit. On avait bu du whisky. On était légèrement ivre mais bien. Et on a enregistré ça en une prise… Un beau moment.
8. Célestine (03:21)
Elle aurait pu s’appeler : « J’suis re-papa ! » cette chanson écrite le 9 mai 2006 Chambre 230 à la maternité Adolphe Pinard à Nancy auprès de mes amours. Célestine est née le 6 Mai 2006. On est arrivé à la Maternité à 00h02 et elle est née à 00h14 !… J’ai eue à peine le temps de la voir que je devais repartir chanter, avec le complice Félix LOBO, au festival d’humour du pays de Seignanx à Saint-Barthélemy, un magnifique village typique du département des Landes. J’avais la tête dans les nuages durant tout le week-end. Avant de la revoir pour la deuxième fois de ma vie, j’ai eue le temps de tremper mes pieds dans l’océan en hurlant : « Vive la Vie ! » A noter, car c’est assez rare, que j’ai co-composé la musique avec l’ami Oliver Hermann. C’est lui aussi qui excelle à la guitare électrique mexicaine.
9. Assez d'décès (02:13)
Comme je vous l’ai déjà dit l’enregistrement de mon deuxième album était hanté par miss mort. Elle rôdait en permanence autour de nous et, quand ce n’était pas les ennuis de santé de Maël, c’était un grand-père, une vieille tante ou le père d’un ami qui s’en allait voir si l’au-delà était meilleur que l’eau d’ici. Bref on s’est tapé la gymnastique des églises : un coup on se lève pour honorer la parole du Christ puis on se rassoit pour écouter le sermon du curé. Moi, je pensais que c’était véritablement un manque de savoir-vivre que de mourir. Tout le monde est triste et pleure. Bravo le mort ! Bonne ambiance ! T’avais pas autre chose à faire que de quitter ce monde en laissant derrière toi tes amis malheureux ? Le refrain de cette chanson est venu, comme ça, lors d’un enterrement. À mort les gens qui meurent !… Et le reste est venu naturellement le 23 Mai 2008. Maintenant je n’arrive plus à participer à des obsèques sans me la chanter dans la tête. Le paradoxe fût que cette engueulade aux morts devienne la seule chanson un peu rigolote de cet album noir.
10. Louise (04:40)
Le samedi 29 janvier 2005, Patrick Font est interviewé par le webzine Hermaphrodite. Il parle du duo et raconte que le directeur du caveau de la République nous censure. C’est, en partie, vrai. En fait, il n’aimait pas l’une de nos chansons lors de notre premier passage et nous a demandé d’en faire une autre à la place. Ce n’est pas, à proprement parlé, de la censure mais un choix en tant que directeur artistique du lieu. Le problème c’est que le propriétaire du caveau lit cette interview et ne supporte pas l’idée que l’on puisse penser qu’on censure qui que ce soit dans son théâtre. Il en parle au directeur qui du coup nous punira bêtement : on est tricard pour un an. Ça ne serait pas un véritable problème si on ne comptait pas sur le caveau pour se faire des cachets. Car à l’époque on y jouait quatre mois par an, du mardi au dimanche. Bref il faut trouver vite un palliatif sinon on ne sera plus intermittent. Le pote Fabrice Colombero apprend que la ville de Baccarat veut faire quelque chose autour du centenaire de la naissance de Louise Michel. Comme il sait que je suis fan de la pétroleuse, il dit à la responsable culturelle de la ville, que je suis un spécialiste es Louise Michel et que je peux assurer des conférences pour collège et lycée. Il me sauve mais me mets dans l’embarras aussi. Je ne suis point un maître conférencier et ayant quitté l’école après la cinquième, je ne me vois pas jouer aux profs. Je propose donc plutôt une conférence-spectacle sur l’anarchiste de mon cœur. J’y raconte sa vie entrecoupée de chansons d’Eugène Pottier. Ne prenant qu’une classe à chaque fois, j’en ferai trois par jour pendant une semaine. Et pour le weekend, je propose à la ville un spectacle tout public : la reconstitution du procès de Louise après la commune de Paris. Je fais appel à Armelle Witzmann qui jouera le rôle titre, à Fabrice Colombero pour le procureur et à Olivier Herrmann pour m’accompagner à la contrebasse, pour les parties chantées. On reprendra quelques chansons d’Eugène Pottier, de Jean-Baptiste Clément mais aussi celles de Michèle Bernard sur le sujet. Et pour finir le spectacle, j’écris tout spécialement une chanson hommage le 21 Septembre 2005. On ne jouera, malheureusement, ce spectacle qu’une seule fois car, malgré son succès, il s’avéra invendable. Mais je vais garder la chanson pour mes solos. Elle deviendra vite ma chanson phare. Finalement je peux dire, une nouvelle fois, merci à Patrick Font.
11. Le Dancefloor du No Man's Land (04:33)
Parmi tous mes défauts, on me reproche souvent d’être trop gentil. Gentillesse de lâche, gentillesse de celui qui ne sais pas dire non, gentillesse de celui qui va tout excuser chez l’autre, bref gentillesse de con. On me remonte souvent les bretelles. « Mais arrête donc ! Tu ne vois donc pas qu’on te marche dessus ! » Alors comme on est aussi fait de haine et de colère, j’écris. Ça me déleste. Je peux être très violent dans l’écriture mais ça s’arrête là. Je suis incapable de me battre. Et je n’arrive pas à être rancunier. Ma colère et ma déception retombe toujours vite. Tu vois même toi, oui toi, celui qui m’a volé, trahis, menti, je ne t’en veux plus. Je ne t’en veux pas. Le 9 Août 2006, à force d’entendre que je suis « trop gentil, trop con », j’écris ce texte haineux. Mais je le rate. Puisque, encore une fois, je trouve une excuse à ce démoniaque personnage. Trop gentil vous dis-je. Et je le range dans mes papiers. Le temps passe. Vers 2008, je fais parti d’un petit label qui est censé me trouver des dates de spectacle. Mais je ne m’y sens pas à l’aise. L’impression de ne pas y être aimé. C’est un autre de mes défauts. Le type, qui est engagé pour ça, se démène comme un beau diable pour promouvoir les groupes et les artistes de ce petit label mais m’oublie toujours. Les autres ont, par exemple, tous une plaquette, éditée par le label, qu’ils peuvent envoyer aux programmateurs. Moi je n’en ai jamais eue et on me demande même de payer les photocopies que je fais sur place. Bref je m’y sens vraiment mal. J’ose en parler au mec qui est sensé me démarcher comme les autres. Il me répond, en toute franchise, qu’il ne comprend pas ce que je fais, qu’il n’aime pas mes chansons et que pour lui rien ne vaut le rock’n’roll. Je ressors abasourdi des bureaux. En fait je comprends que pour ce mec je suis un extra terrestre. En arrivant chez Mael Nesti, où je devais me rendre après pour une séance d’enregistrement, je lui explique tout. Je suis en colère. « Qu’est-ce qu’il veut que je fasse ce mec ? Une chanson comme ça ? » Et là c’est le miracle. Je prends par hasard le texte expliqué plus haut, j’enchaîne des accords Rock n’ Roll et je gueule comme un putois. Maël éclate de rire. Il l’enregistre sur le champ. Puis on s’amuse, par la suite, à y rajouter dessus des solos de guitare, une basse électrique etc etc. On fera tout en une après midi et sans refaire de prise. Le résultat est là. Une chanson étrange née d’une colère contre une baltringue, qui était sensé me trouver des dates, et qui ne connaissait rien à la chanson. Merci à lui. Trop gentil vous dis-je…
12. Nativité (03:03)
Tous les jours de tous les ans de toute ma vie : J’ai une belle, une jolie partie de ma bibliothèque qui est consacrée à Jean Richepin. Je la regarde avec une immense fierté d’enfant gâté. Richepin est ma passion, ma source et mon envie de littérature. Chacune de mes chansons aurait pu être écrite par Richepin, en mille fois mieux évidemment, mais avec la même fougue, la même énergie de destruction et d’espérance. Tout à commencé grâce à France Loisir. Comme quoi tout arrive ici-bas. Ma mère s’était abonné à cette société commerciale qui vend des livres par correspondance en pensant, peut-être, que la famille allait se mettre à la lecture. Car on lisait peu. Moi, en dehors de Franquin, Hergé, Gotlib et Pif-Gadget, je n’aimais rien. Mon frère, lui, c’était des revues sur le matériel agricole. Ma mère des livres de cuisine. Celui qui lisait le plus c’était mon père et ça se limitait à un livre par an, souvent sur la grande guerre, et la presse régionale. France Loisirs proposait toutes les saisons, une sélection de livres en réédition aux adhérents du Club. Quasiment tous issus des grands succès de la librairie classique. Mais mes parents oubliaient toujours de choisir un livre à temps et on recevait toujours un livre envoyé d’office. C’était souvent des livres sans grand intérêt. Ça énervait ma mère. « Puisque ton père oubli toujours de choisir un livre, choisis ce que tu veux toi, Eric ! » J’étais un vieil adolescent s’apprêtant, justement, à tromper Gaston Lagaffe avec la littérature qui me faisait un peu peur. Elle ne pouvait donc pas mieux tomber cette phrase. D’autant plus que j’étais en pleine découverte d’une nouvelle passion : la chanson française. Je passais mes journées à me balader, dans les champs, avec mon baladeur rempli de Brassens, Trenet, Brel, Ferré, Tachan, Font, Sylvestre, Barbara etc. Et c’est donc le plus naturellement possible que j’ai choisi la « Bibliothèque de poésie » en 16 volumes. C’était une Anthologie dirigée par Jean Orizet qui allait de la Poésie Médiéval à nos jours. Je l’ai toujours. J’ai découvert des tas de poètes incroyables là dedans. Le volume que j’ai le plus lu, relu et re-relu était consacré à la poésie populaire avec, entre autre, Aragon, Prévert, Bruant, Couté et donc Jean Richepin. Je connaissais déjà ce nom grâce à Brassens qui avait mis en musique « Les Oiseaux de Passage » extrait des « Chansons des Gueux ». J’étais subjugué par son écriture et sa force. Du coup j’ai essayé de commander un livre complet du poète. Mais ça n’existait pas. Du moins à l’époque. J’ai donc fait quelques petites recherches, afin de réunir et de m’offrir, tous les ouvrages que j’ai pu trouver deçà, delà, pareil à la feuille morte, sur les étalages des bouquinistes de France et de Navarre, des documents, des articles et d’autres petits trucs et machins sur celui que je considère, en toute objectivité, comme le plus grand poète et conteur de l’espace infini (et peut-être même plus ). Ce n’était pas de la tarte. Aujourd’hui suffit de taper son nom dans Google mais à l’époque Internet n’existait pas. Et justement, quand Miss Web pointe le bout de son nez magique par chez moi, en1998 précisément, je décide de faire le seul et unique site internet sur Richepin avec tous les trucs que j’ai trouvé. Aidé par Arno Paul, il sera en ligne au début des années 2000. Il est toujours là même si je ne le mets plus guère à jour : http://www.jeanrichepin.free.fr.
Le temps passe.
En 2003, j’ai l’immense chance de croiser, sur mon chemin chansonnier, l’incroyable Marc Robine, journaliste, chanteur, musicien français, et auteur d’ouvrages de référence sur l’histoire de la chanson française. Il m’apprend qu’il va lancer une nouvelle collection de disques chez EPM consacrée aux poètes mis en musique. Il a l’attention de faire un volume sur Richepin. Comme je lui parle de ma passion. Il me demande de lui envoyer un disque avec trois poèmes que j’aurais mis en musique. Ni une, ni deux, j’appelle l’ami Mael Nesti et on enregistre ces trois titres pour lui envoyer. Malheureusement Marc décède en août 2003 d’un cancer foudroyant, à l’âge de 52 ans, peu de temps après avoir chanté à Gerbéviller dans le festival « Fleur des Chants » où je l’avais programmé. Je suis triste. Je l’aimais beaucoup ce mec. La collection de disques sera reprise par Bernard Ascal. Pour le disque sur Jean Richepin, c’est Tonio Gémène qui s’y colle, en mettant en musique 22 poèmes qu’il interprète de sa belle voix voilée. Je n’ai aucun regret car le résultat est chouette et j’aime bien Tonio. Du coup, sur les trois titres enregistrés, je garde le plus fort, selon moi, pour mon deuxième disque. Et voilà comment « Nativité » se retrouve dans « le Choléra ». Aujourd’hui c’est dans le groupe « La Fille à L’Ourse », créé avec la plus belle des Richepinistes du monde entier : Charlotte Nartz, que je continue à chanter les vers de Richepin.
13. A l'arrivée (03:24)
J’ai été le cancre de Prévert. Oui celui qui dit non avec la tête et tout le bazar. J’étais toujours le dernier de ma classe. Et, comme les autres, je ne l’aimais pas le dernier de la classe. Même que l’année, où j’ai été avant-dernier, je me suis bien foutu de sa gueule. Ce n’était pas tellement que j’étais bête mais disons que je n’aimais pas l’école et, à l’époque, la dyslexie et la dyscalculie n’étaient pas prisent au sérieux. Encore aujourd’hui, je traine mes lacunes de cancre. Surtout au niveau des chiffres. Je ne comprends pas le prix d’un produit ou d’un rabais et je ne sais pas estimer une distance. J’ai des problèmes d’orientation et des troubles de l’attention. Bref ce n’est pas de la tarte d’être dans mon sac de peau. Mon père me traitait d’incapable et, quelques soirs, de bien pire. Les adultes de l’époque ne m’imaginaient pas un beau futur. Moi-même, je pensais, que j’allais finir dans une tente quechua au bord d’un quelconque glauque canal. Et avec tout ça, Zola nous expliquait que je ne pourrais pas échapper à mon destin et que la mécanique, qui enchaîne les faits par une forme de déterminisme des principes liés au milieu et à l’hérédité, ferait de moi, de toute façon, un clodo ivrogne et ignare. Pendant ce temps, Joachim (j’ai préféré changé son prénom), le premier de la classe, fanfaronnait et les instituteurs le voyaient déjà ingénieur, professeur ou dans une autre profession prétentieuse qui fini en eur. Je l’aimais bien Jojo car malgré que je sois son négatif, il jouait avec moi et on rigolait bien.
Heureusement, ou malheureusement pour Joachim, rien n’est jamais comme on le croit. Quelques quinzaines d’années après, j’ai retourné au village de mes CE2, CM1 et CM2. J’ai croisé un vieil ami. J’étais devenu le miteux intermittent que je suis et je lui ai demandé des nouvelles de Joachim. Le tableau qui m’a brossé était pitoyable. Le chouchou de la directrice était devenu l’alcoolique sans emploi aux mille et une tristes histoires. J’étais sous le cul.
Comme quoi le plus important dans la vie n’est pas le départ mais l’arrivée. De l’eau est encore passée sous les ponts après cette histoire. Et heureusement, ça va mieux pour Jojo.
C’est en pensant au cancre que j’étais, à la mauvaise passe de Joachim et aux fausses conceptions déterministes de Zola (selon moi) que j’ai écrit, le 7 Septembre 2005, la chanson « A L’ARRIVÉE ». A noter, que pendant son enregistrement, j’ai fait ma diva. Je voulais un piano pour cinq notes seulement à la toute fin. Maël s’agaçait : « Tu vas pas nous faire chier pour tes cinq malheureuses notes ! On n’a pas de piano ! ». Mais je les entendais dans ma tête à la création même de la chanson et je n’en démordais pas. Je l’ai tellement fait suer, qu’il est venu, avec son matos, pour enregistrer juste ces cinq notes sur le piano d’étude d’Aude Romary que j’avais, à cette époque, dans mon salon. Le piano pas Aude. Cette chanson est aussi pour moi la deuxième partie d’une trilogie chansonnière. Le même sujet traité de trois manières différentes et sur trois albums différents : « Complexe » en 2005 sur l’album « Dépareillé », « à l’arrivée » en 2009 sur « Le Choléra » et « N’importe qui » en 2014 sur « Chute Libre ».
14. Je suis un autre (04:34)
Quand je suis à Paris, pour jouer au cabaret les soirs avec le complice Félix Lobo, j’en profite pour marcher tous les jours, du matin jusqu’au soir. J’aime me perdre dans ce labyrinthe et découvrir au hasard d’un coin de rue : un passage que je ne connaissais pas, une magnifique vieille maison ou un graffiti original sur un mur. Mais quand je suis saoulé des piétons, des klaxons et de la pollution, je vais toujours au même endroit : la cour carrée du Louvre. J’aime cet étonnant lieu, qui est comme une machine à remonter le temps tant on se croirait au 17ème Siècle quand on y est. Etrangement, il n’y a jamais foule. C’est pourtant à cet endroit précis qu’est né le Louvre, au 12ème siècle. On se prendrait presque pour une pierre précieuse endormie dans son écrin. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. C’est reposant et il y a toujours, sous l’arche de l’une des entrées, un violoniste talentueux. J’aime vraiment m’y retrouver. Je m’assoie, au centre de cette cour, sur le rebord de la fontaine et je dessine, écrit ou je me perds dans mes pensées. C’est le lieu idéal pour essayer de répondre à cette question qui me poursuit depuis que j’écris : comment puis-je être sûr que je suis toujours moi ? « L’homme est à la fois le plus proche et le plus éloigné de lui-même », disait Saint Augustin. J’ai souvent l’impression d’être un autre. Personnellement je me suis toujours défini comme comédien. C’est mon métier mais c’est peut-être aussi ce qui me définit entièrement étant tous les jours un personnage différent en fonction du temps, de mes humeurs et des gens qui se trouvent en face de moi. Kant explique que les hommes se laissent dicter leurs pensées par des proches, la société, ou l’opinion publique. Et que la véritable aventure serait de s’arrêter de se complaire dans cette passivité de la pensée. Mais comment penser par soi-même ? Kant donne des pistes à suivre pour y parvenir : apprendre à penser par soi-même en virant tous nos préjugés, penser en se mettant à la place d’autrui et toujours penser en accord avec soi-même. Ce 26 Avril 2008 j’ai écrit, dans mon carnet, « Je suis un autre » dans la Cour carrée du Louvre à Paris. Cette chanson faisait partie de la trentaine de chansons que j’avais enregistré pour la maquette de l’album « Le Choléra » en une prise, avec Maël Nesti à la guitare pour celle-ci, et en réécoutant ces maquettes on a eu envie, Maël et moi, de la mettre tel quelle dans l’album. Sans orchestration et sans arrangement, elle garde la fraîcheur de la première fois. Une prise et basta !… à signaler, la présence, pour la première fois mais pas la dernière, de l’amie et talentueuse Audrey Di Nardo dans les chœurs.

Tous droits réservés

Paru le 12 décembre 2009

Avis

Il n’y pas encore d’avis.

Soyez le premier à laisser votre avis sur “Le Choléra – Éric Mie”

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.