Dépareillé – Éric Mie

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Description

Un article paru dans « Le Monde Libertaire » n°1455 du 16 au 22 Novembre 2006 et dans le Web-Zine : « Le Mag »

Éric Mie, un chansonnier anarcomicotragik

par Paco

Après quinze ans de tournée et deux albums avec le duo Lobo & Mie, Éric Mie sort un CD solo de 14 titres : Dépareillé.
Un journal intime tragi-comique teinté d’humeurs et d’humour très noirs.
Après une scolarité peu reluisante, le Lorrain Éric Grandemange, un CAP de tailleur de pierre en poche, a été ouvrier à la chaîne chez Seb. « C’était pas si bien que ça », avoue-t-il. Alors, réalisant qu’il ne savait rien faire d’autre que l’artiste, il a laissé la place à Éric Mie pour conduire sa vie. Excellente décision. Auteur, compositeur, interprète, mais aussi comédien, poète et dessinateur, Éric Mie a des atomes crochus avec les vieux chansonniers de Montmartre, en particulier avec Jean Richepin à qui il a consacré un CD en 2003. Parti de rien et partant vers tout, l’ex-cancre a eu pour éducateurs Henri Tachan, Jacques Brel, Hubert-Félix Thiefaine, Gaston Couté, Georges Brassens, Patrick Font, Michèle Bernard, Anne Sylvestre, Sonic Youth… […]

Dépareillé

 

1. A la mémoire des vaincus (00:55)
2. Berceuse (02:45)
Ma première commande. Je téléphone, depuis une cabine téléphonique (hé oui j’ai connu cette époque), à mon amoureuse qui ne l’était pas encore, officiellement. Je veux un rendez-vous. Mais, malicieusement, elle me dit : « si tu veux me revoir, il faut que tu m’écrives une berceuse. » « O.K. » ai-je dis. Et m’inspirant de son village, du beau monde qui l’entourait, et qui allait devenir le miens, beaucoup plus tard, mais ça je ne le savais pas encore, j’écris, ce 13 Mai 1997, cette chanson. Elle est très influencé par toutes celles qui se trouvent dans le disque solo de Patrick Font : « 19 Chansons ». Car j’aime son écriture fleurie, campagnarde et proche des contes de Perrault. Pour moi c’est un véritable poète. Alors dans le sillon du « cow-boy d’opérette » j’écris ma berceuse. J’étais aussi, à cette époque, dans ma période Musset et cette chanson est aussi teintée de romantisme XIXème siècle. Pour la musique je subis également mes influences de l’époque. Je n’écoutais que de la musique tzigane, manouche, klezmer … J’avais l’âme slave et le cœur aigre-doux. Et c’est sur les accords de « Полюшко-поле», hymne guerrier d’encouragement aux « héros de l’Armée rouge », que j’improvise cette mélodie. Transformer un hymne guerrier en berceuse est la substantifique moelle de la subversion. Et bah, vous savez quoi, j’ai obtenu mon rendez vous tant il est vrai qu’en matière de berceuse, j’atteins des sommiers !… Pour l’arrangement, je me souviendrais toujours du sauvetage final. En gros, on a toutes les chansons de mon premier disque dans la boîte. On a plus qu’à l’envoyer à l’usine pour avoir le disque dans les temps car on avait un concert prévu pour sa sortie. Mais Maël trouve qu’il manque quelque chose sur « Berceuse ». « Tant pis on ne l’a mets pas sur le disque comme on a fait pour d’autres » me dit-il. Il est vrai que sur les 16 chansons du départ, on n’en gardera que 13. Mais je tiens beaucoup à celle-ci. Je la veux sur mon premier album. Alors il va se creuser la tête toute une journée et trouvera, ô miracle, une petite mélodie sur son orgue Hammond qui sauvera l’arrangement de la « Berceuse ». Merci, encore et toujours, à lui.
3. Complexe (02:25)
Cette chanson n’aurait jamais existé sans Bernard Mabille. Je m’explique. En automne 2003, le duo Lobo & Mie est embauché par le Caveau de La République (célèbre théâtre de chansonniers aujourd’hui disparu et remplacé par une usine à stand-up comme une autre). Nous y jouerons quatre mois, chaque année, pendant 9 ans. On y rencontrera et partagera l’affiche avec des artistes comme Gustave Parking, Gilles Detroit (on fera même sa première partie au Casino de Paris et Félix Lobo coécrira ses sketchs pas mal de temps), Calixte De Nigremont, Stéphane Guillon, Bernard Azimuth, Eric Antoine, Gaspard Proust, Olivier Lejeune, Nicole Ferroni, Izabelle Laporte, Jean Roucas, Gwen Aduh, Frédéric Fromet, Paul Adam, Manuel Pratt, Zeu Dogz, Albert Meslay, Frederick Sigrist, Christophe Guybet, Sylvian Coudène, Tony Saint Laurent, Angel Ramos, Jean Martiny, Michel Guidoni, Frédéric Lebon, Olivier Perrin, Dany Morau, Edmond Meunier et, donc, Bernard Mabille. Quand j’apprends qu’on est programmé avec ce dernier, j’avoue, que j’appréhende un peu. Car avec mes ornières de gauchiste, mes dogmes d’anarco-communiste et mon prêt-à-penser proudhonien, j’ai des préjugés sur le gaillard. Je sais qu’il a été l’auteur de Thierry Le Luron et qu’il écrit des articles pour « Valeurs Actuelles ». Du coup ça le classe, pour moi, définitivement dans le clan des réacs. Mais sa rencontre change tout. On tombe sur un humain, doux et charmant, et ses sketchs fonctionnent à merveille. Il nous invite également à aller voir son spectacle en entier au théâtre de dix heures. On y va et on adore. Il fustige tout le monde et défend même Nathalie Ménigon, l’ancienne terroriste d’Action directe, qui crève dans sa prison alors qu’on libère Papon pour ses ennuis de santé. Je suis chamboulé. Après le spectacle, j’ose lui dire que j’avais peur de le rencontrer et je lui expose tous mes préjugés. Il rigole puis me dit : « Je vais te raconter une histoire. Thierry le Luron, bien que marqué à droite, adorait l’association Greenpeace. Un jour il apprend que l’association organise un gros concert de soutien à leur action. Thierry appelle lui-même les responsables. Les gens de Greenpeace sont étonnés car, selon eux, il ne colle pas à l’image de l’ONGI et lui disent non. Ils préfèrent un autre chanteur, très marqué à gauche mais ce dernier demande une trop grosse somme. Thierry lui voulait y aller bénévolement. » « Tu vois » conclu-t-il «  tout est plus complexe. » « Mais toi ? » dis-je « tu te situe où politiquement ? » « Disons que je suis gentiment anar. » Cette rencontre et cette histoire me marquera toujours. Le 6 Mai 2004, dans le train qui me ramène chez moi, j’écris ce texte en pensant à Bernard mais aussi à Marcel Aymé qui écrivait des articles dans « Je suis Partout » (hebdomadaire antisémite et collaborationniste) mais pour dénoncer les mesures « ignobles et humiliantes » qui atteignaient les juifs comme le port de l’étoile jaune. Ce thème, la complexité des choses, me suit encore et je ne cesse d’y revenir dessus pour écrire encore et toujours la même chanson. A suivre donc…
4. Escargot (03:03)
Noël 1996, on m’offre une anthologie de la poésie érotique. Un florilège de poèmes choisis parmi 140 auteurs, présentés avec verve et insolence par le chanteur Pierre Perret. Je lis et relis, avec beaucoup de gourmandise, ces poèmes évoquant la volupté, la franche gaillardise, les raffinés supplices et le libertinage. Cela me donne envie d’en écrire aussi. Je m’achète un petit cahier d’écolier et je note sur la première page : « Eric Mie Poésies Erotiques volume 1 ». Je vais le remplir en quelques semaines tant je suis un robinet parfois. Puis je passe à autre chose et ce cahier restera longtemps au fond de mon tiroir. Vers 1998 / 1999, je retombe dessus. Je relis tout et je trouve que rien n’est bon à part peut être ce drôle de poème datant du 23 février 1996 : « Escargot ». Je prends ma guitare, j’enchaine trois accords. Le texte coule parfaitement dessus. Mais il manque un refrain. Alors je reprends le titre et je lui rajoute deux vers :
« Escargot
Ni garçon, ni fille
Escargot
Voilà ce que je suis… »
Et la chanson me plaît à 100 %. Elle deviendra un de mes classiques et la talentueuse chanteuse Lisa Louize la reprendra à son répertoire. Comme quoi, il faut continuer à m’offrir des cadeaux…
Par contre, j’aimerais la réenregistrer car en 2005 je ne savais vraiment pas chanter et l’arrangement ne me plait plus. Je l’imagine plus abrasive avec une fuzz dérangeante.
5. Fils de pute (03:46)
Je n’ai jamais aimé cette insulte. Je ne vois pas ce qu’il y a de déshonorant d’être le fils d’une prostitué. Fils de publicitaire ou de Morano me semble plus dégradant par exemple. Attention je ne défends pas la prostitution. Pour moi, la sexualité est avant tout une relation humaine, vécue dans le respect de l’autre, de sa liberté et de son désir donc surtout pas au travers de rapports marchands. D’ailleurs comment peut-on ouvertement se dire anticapitaliste et pour la prostitution ? Je suis effectivement pour la liberté de tous mais, malgré tout, je ne pense pas que la prostitution soit un choix. Il me semble, que dans cette relation, la seule personne qui choisit c’est celui qui a le pouvoir de l’argent. A tord, peut-être, mais il me semble que la liberté que revendiquent des personnes prostituées est illusoire. Dans tous les cas je pense qu’il faut cesser de les pénaliser. Mais je ne veux pas en débattre ici. Ce n’est pas le sujet de cette chanson. En fait d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais aimé ce terme ni celui de « Putain » lancé avec mépris. Je me disais que ça doit être déjà bien difficile à vivre alors pourquoi en rajouter une couche en les associant à des insultes. En revenant d’un concert dans un camion ce 13 Avril 2005, je repensais à tout ça. Pour comprendre la vie, il faut s’imaginer à la place des autres. En m’imaginant, réellement, fils de pute, mon inspiration a décuplé. J’écrivais très vite, sur des bouts de papier trouvé dans la boîte à gants, et les idées venaient en TGV. C’était surtout des questions qui me venaient : Suis-je sa volonté ou le fruit de sa haine ? Suis-je sens de sa vie ou chaîne qu’elle traîne ? Pour la musique, je la voulais rock et abrasive comme celle de Sonic Youth (mon groupe de rock préféré). On a essayé de tendre vers ça mais avec les moyens du bord c’est-à-dire : un violoncelle, un piano et des guitares acoustiques. La chanson terminée, je la trouvais tellement forte que je voulais appeler mon première album « Fils de Pute ». Je trouvais que c’était radical et accrocheur. Mais Nordine, fondateur de Baboeup et producteur de mes trois premiers albums solo, n’était pas chaud. « Tu me vois démarcher un programmateur avec ce titre ? » me dit-il. « Alors vous avez écouté « Fils de Pute » ? Vous avez aimé « Fils de Pute » ? Vous voulez que je vous envoie «Fils de Pute » ? » Du coup ce fût « Fumier ». Nan j’déconne… ce fût « Dépareillé »
6. Haigneville (02:55)
Adolescent j’aimais marcher seul dans la campagne environnante. Quand je passais par ce village, juste après la pancarte « Haigneville », je me faisais toujours surprendre par une envolée de tourterelles. Du coup je l’avais appelé le village des oiseaux. Beaucoup plus tard, en 1998, j’y emménage. Ma première demeure sera le petit appartement juste à côté du petit cimetière et au dessus de la mairie. La proximité du champ de squelettes me fait faire des cauchemars. Surtout les soirs d’été, où nous dormions fenêtre ouverte. J’imagine quelques effluves sortant des caveaux, pénétrant dans ma chambre puis entrant en moi par mes narines, me faisant revivre toutes ces vies passées. Jadis ce village ne comptait que des agriculteurs maintenant il n’y en a plus qu’un en activité. La paysannerie a toujours été mon décor et je constate, tristement, les années passantes, que petit à petit elle se meurt… En dessous de mon appartement, c’est donc la mairie qui était jusque dans les années 50 une école. Quand je suis arrivé, il n’y a avait plus guère d’enfant pour animer les trois rues. Depuis, et un peu grâce à moi, les choses ont changé. Dans la mairie il y avait encore quelques reliques : une estrade où devait trôner le bureau de l’instituteur, un tableau noir et un vieux crucifix qu’on avait jamais enlevé depuis 1905. Mes promenades en solitaire, ces oiseaux, ce village vieillissant sans enfant, cette ancienne école, ces morts comme voisins, la paysannerie moribonde, c’est un peu tout ça qui me pousse à écrire et composer, le 29 Mars 1999, cette ballade monotone, ce blues rural. J’aime bien l’arrangement de cette chanson, cette atmosphère étrange, et le violoncelle d’Aude Romary y est pour beaucoup. Merci à elle. Un ami friand d’histoire locale, André Touchet, m’expliquera bien plus tard que le village des oiseaux, c’est bien trouvé, puisque le sobriquet d’Haigneville, c’est « les pies » (les èguesses en patois). À Brémoncourt, les loups ; à Froville, les oies (les ôyes) ; à Einvaux, les corbeaux (les crâs) et à Méhoncourt, les cailles (les carcaillattes).
7. J'suis papa (02:10)
Cette chanson a été écrite le 1er Novembre 2001 à la maternité de Nancy chambre 126 au premier étage à côté de mes deux amours. J’étais papa pour la première fois et une drôle de folie furieuse s’emparait de tout mon corps. Je n’avais que des chansons de Zazous en tête. Quand j’allais les rejoindre, comme un Trenet joyeux plongé dans la deuxième guerre mondiale, j’avais envie de faire des claquettes sur les trottoirs. Comme nous étions en pleine période de Toussaint, je faisais tache. Je ne voyais que la vie et ma Fanette !… Bref j’étais heureux. Et c’est déjà la deuxième chanson qu’elle m’a inspirée. La première fût commencée le 28 Octobre 2001 à la maternité Adolphe Pinard à Nancy et terminée le 31 Octobre dans la chambre 126 au premier étage. Fanette est née le 29 Octobre 2001 à 6h09. Elle raconte tout :
28 Octobre 2001
Dans un épais brouillard de lin
Cotonneux
Tout heureux
On saute dans la R 19
Moi, mon bel amour et notre œuf
Direction
L’émotion
Une jolie lune en chemin
Nous sourit sachant que demain
Toi et moi
ça f’ra trois !…
Car à 6 heur’s et 9 minutes
Le conte de la vie débute
Il était
Un bébé…
Pas d’étoiles, de rois ni d’anges
Juste une longue nuit qui change
La planète
V’là Fanette !…
De tous les bouts de choux qui naissent
Le plus beau est celui d’Inès
Tu me pends
Si je mens
29 Octobre 2001
Mort est l’épais brouillard de lin
Un soleil
Sans pareil
Éclate dans un ciel si bleu
Qu’on croirait voir un tableau de
L’amical
Vieux Chagall
Et Johnny se met à chanter :
“Pour moi la vie va commencer”
Tout Nancy
Chante aussi
Tandis que quatre flics adroits
Font des claquettes sur les toits
Les piétons
Font des bonds
Dans notre cœur il y a foule
Toute notre bande déboule
Les amis
La famille
Seule s’enfuit à tout jamais
Madame la Mort, désormais
J’suis vivant
Pour cent ans !…
Beaucoup plus tard, j’ai la chance de rencontrer l’une de mes grandes influences : Patrick Font. Je lui fais écouter plusieurs de mes chansons mais il ne me parlera que de « J’suis papa ! ». Il trouve génial l’idée de mélanger la naissance et la toussaint, tant il est vrai qu’un des sujets fondamentaux est cette sempiternelle guerre entre Eros et Thanatos. L’art en a fait ses deux thèmes centraux, parce qu’ils sont probablement les deux grands tabous de l’humanité.
8. La Gégène (03:36)
Depuis l’enfance, la guerre d’Algérie est le tabou ultime tout autour de moi. Mais comme je suis un cancre mal-élevé, que j’aime renverser les tables, surtout quand il y a des verres en cristal dessus, j’en fais une chanson. Peut-être que j’enfonce des portes ouvertes mais je sais aussi que la chanson peut déverrouiller des êtres. J’ai le souvenir d’un soir, dans la petite MJC Pichon de Nancy, où l’ami chansonnier Maurice Olls, que j’imagine aujourd’hui plumant les ailes des anges avec humour, avait raconté, en larme, sa guerre pour la première fois à l’une de ses filles. Il ne l’avait jamais fait avant m’avoua-t-elle après. Puis Maurice me fixa sévèrement. Il me lança un « Salaud ! » avant de m’enlacer en chialant…
9. La mort fine (02:59)
« Voilà typiquement un texte « bout-du-roul’s » » me dis-je en relisant ce poème écrit un soir de désespoir un 12 Avril 2003 dans un pauvre cahier. « On ne peut pas, décemment, chanter ce genre de chose ! » Alors j’imagine une fin à la Boris Vian car il ne faut jamais oublier qu’à l’origine, dans « Le Déserteur », il avait écrit :
Prévenez vos gendarmes
Que je possède une arme
Et que je sais tirer !
Ce qui change tout. Le retournement cynique de situation de la fin de « La Mort Fine » m’enchante tant que je veux la chanter sur scène. Je la chanterai d’abords au sein du duo « Lobo & Mie ». Car on se donne toujours un petit moment solo. Et je concocte une petite introduction pour l’occasion :
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs…
Ce soir, devant vous, je vais tenter de me suicider avec ce couteau…
Ça va être facile et rapide, je vous demande simplement de vous taire…
Je vais me suicider pour deux raisons…
La première c’est que je ne me supporte pas…
Je suis ennuyeux, lourd et bête à bouffer du foin… d’ailleurs j’en bouffe !…
Je ne crois en rien. Ni à Dieu, ni à Diable, ni au Parti Socialiste…
Je n’aime rien. Je ne m’intéresse à rien. Ni au cul, ni au fric, ni à la politique…
Si, en politique j’aimais bien une personne. Parce que j’estime qu’il a fait ce qu’il fallait faire… c’est Pierre Beregovoy.
La deuxième c’est vous !…
Je hais le monde entier !…
Je déteste les gens !…
Je ne vous aime pas !…
Et, donc, pour ces deux raisons, la première expliquant la deuxième, puisque c’est ce que je suis qui m’a rendu misanthrope, je vais me suicider…
Et puis la vie étant une blague… c’est les plus courtes les meilleures.
Et puis ma copine m’a dit que pour vivre une vraie vie de couple il faut savoir faire des sacrifices alors…
Oui je vais me suicider…
Comme ça… devant vous…
Vous aurez droit à ce spectacle !…
Hein ?…
Non !… n’allez pas appeler le Samu !… Ou la police !…
Ne faites pas ces choses ridicules et absurdes, comme vous en avez l’habitude, et qui prouvent votre totale incompréhension envers les choses justes et humaines…
Non !…
Regardez-moi mourir.
Méditez là-dessus…
…et faites passer le couteau.
Je plaisante. Je ne vais pas me suicider devant vous comme ça…
C’est pourquoi je vous demande de vous retourner.
Je plaisante encore…
Simplement, depuis quarante ans ça ne va pas très fort… J’aurais pu vous le chanter, tel Fugain me donnant un conseil : « Fais comme Bernard Loiseau !… »
Et puis de toute façon si je décide un jour de me suicider ça sera en me jetant dans un canal. Parce que pour le coup c’est poétique et puis j’ai toujours aimé éclabousser les gens…
Mais c’est toujours pareil il faut prendre mille précautions : il faut d’abord désapprendre à nager, puis se renseigner sur la météo et pis il ne faut jamais manger avant le grand plongeons parce que c’est très mauvais… enfin bref c’est trop contraignant tout ça. Tout le monde ne peut pas avoir le talent de Dalida. Pour expliquer, aux jeunes qui ne connaissent pas Dalida… Disons, qu’à l’heure actuelle, elle est plus proche d’Olida… Dalida faisait parti du même courant de pensée que Jean Paul Sartre : Le Strabisme. Elle était strabiste. Voici donc une chanson dédiée à Nino Ferrer. »
Pour l’arrangement de la chanson, je demande à Maël de concocter, au milieu, un solo de guitare électrique. Je voulais que ça sonne comme dans les refrains de « Creep », du groupe britannique de rock Radiohead, lancés par un grattement de guitare saturée, où le volume monte avec les accords plaqués et les guitares distordues. Ça sera autre chose mais l’idée est là quand même. Après l’enregistrement, Olivier Herrmann, qui assurait la guitare d’accompagnement, me dit : « y’a quelque chose qui ne va pas dans cette chanson. Elle est trop longue. » Alors je prends le texte, qui comportait 4 couplets, et j’en barre deux. Et hop ça fonctionne !…

Y’a quelque temps j’ai reçu un message concernant cette chanson. C’est SYLVAIN ASSELOT qui me l’a envoyé. C’était la deuxième plume du groupe « Les Papillons » et c’est toujours un excellent auteur compositeur de bonnes chansons. Il m’a dit : « Salut gros con. J’ai diffusé « La Mort Fine » dans le cadre d’une émission à moi dont le thème collait. Ça m’a foutu les poils. J’avais oublié la puissance de cette chanson. Allez, salut gros con ! » Bah ça m’a énormément touché.

10. Le dernier jour (02:39)
Une grande maison au pied du Saint Mont dans les Vosges. Un rez-de-chaussée où vivent mes grands parents qui tiennent le bar restaurant juste à côté. Un premier étage ou vit mon arrière grand-mère Germaine que nous appelons, logiquement : « Mémère-d’en-haut ». Elle est assise devant la fenêtre de sa chambre. Elle observe toute la journée les clients qui viennent et repartent. De temps en temps, je vais la voir. Je m’assois sur son lit et je lui demande de me raconter sa vie. Alors elle défile toute sa longue histoire et même si je sais qu’elle exagère un peu, j’aime l’écouter. C’est mieux qu’au cinéma. Je me souviens de la traversée de la fanfare municipale de Gérardmer traversant le lac gelé et des pillards, après le bombardement de la ville, alors que mon arrière grand père, honnête et courageux, refusait de voler même si lui et sa famille avaient faim… J’ai commencé  à écrire des histoires moi aussi et rien que pour elle. Elle me disait : « c’est dommage que ça finisse bien. Plus c’est triste, plus c’est beau. » Alors je lui écrivais des histoires d’orphelins mutilés qui mourraient de misère et de froid. Alors elle pleurait et disait : « Plus c’est triste, plus c’est beau. ». Elle aurait adoré cette chanson écrite et composée un 9 Février 1995. C’est, bien sûr, un peu elle cette vieille sur sa chaise qui mange des fraises. Elle s’était plutôt de la brioche avec un yaourt et quelques fois, un petit verre de rhum. Elle est partie à 83 ans.
A noter que j’ai eue la chance, grâce à Jean-Claude Barens, de voir et d’écouter cette chanson reprise avec talent par un amateur (si quelqu’un me retrouve son nom, je serai bien heureux) sur la scène ouverte du soir du festival « Barjac m’en chante ». J’étais aux anges. Magie de ce festival… !…
11. Lolita en mer (02:33)
Dans la seconde moitié des années 90, je faisais parti d’un groupe musical nancéen spécialisé dans les chants de marins : « Amiral Benbow ». Car la Meurthe et l’océan c’est pareil. En tout cas pour un lorrain. Ça n’a pas duré très longtemps. A vrai dire, la principale activité d’Amiral Benbow consista, durant près de trois ans, à se réunir pour boire de la Guiness, reboire de la Guiness et, à l’occasion, rereboire de la Guiness en braillant des chants de marins. Le groupe était composé de Hanne (au chant), Thierry (au chant de marin bourru et tin whistle), Ivan (à la guitare électrique), Célia (à l’accordéon diatonique) et moi (au chant de marin guilleret, à la guitare acoustique et aux bruits divers). On n’a fait qu’un seul concert, à la Taverne des Brasseurs, le 22 juin 1998, lendemain de la fête de la musique. On reprenait des chansons de Michel Tonnerre, quelques classiques du répertoire trad. (comme « Drunken sailor », « Le Grand Coureur » ou « Le Port de Tacoma ») et même une chanson de Patrick Font : « Les Marins ». On avait composé aussi des chansons à nous. Marie Némo nous avait concocté un chouette texte, « La Complainte de la Rouquine », que j’ai mis en musique. Mais sinon Thierry écrivait la plupart des paroles et moi je composais. Quand Célia est arrivée dans le groupe, elle ne connaissait que deux ou trois morceaux trad. sur son accordéon. Surtout « Le revenant » une chanson traditionnelle, de la fin du 18ème siècle, originaire d’Anjou. Mais les paroles d’origine parlaient d’un enfant revenant de guerre que sa famille prenait pour un fantôme. Le premier couplet faisait :
A mon s’cours mes enfants !
Rentrons, c’est bien temps
D’ frayeur me v’là morte !
V’là Simon not’ grand gars
Qui r’vient du trépas
En m’ tendant les bras
Cette histoire, qui faisait penser à l’Affaire Martin GUERRE, ne collait pas à l’esprit du groupe. Alors, adorant cette mélodie, j’ai imaginé l’histoire d’une fille de Pirate perdue au milieu de l’océan après une terrible bataille. Si j’ai fait parler une fille c’est parce qu’à l’origine elle était destinée à Hanne, la chanteuse du groupe qui, soit dit en passant, la chantait merveilleusement bien. Comme j’aimais cette chanson, je l’ai naturellement enregistré et chanté sur mon premier album. Bruno Perrin (du groupe « Idyll ». Le groupe des bals folks de ma folle jeunesse) assura l’accordéon diatonique (car Célia avait laissé tombé entre temps) et Bruno Jagle (du groupe de musique médiéval TEMPRADURA) assura la vièle à archet. En gros deux génération de folkeux lorrains réunis sur une chanson de chansonnier. C’est l’une de mes chansons préférées de mon répertoire.
12. Si tu veux te changer en gomme (02:24)
Fin des années 90, je participe à l’aventure de la revue nancéenne « Hermaphrodite » créé par Philippe Krebs. Plus proche du mouvement « Panique » de Fernando Arrabal que du « Hara-Kiri » de Choron et Cavanna, cette revue se voulait radicale et subversive mais dans un esprit classieux, et un peu trop élitiste à mon goût, avec du beau papier et une mise en page impeccable. Dedans sévissait une furieuse bande d’étudiants fêtards situationnistes qui ont été à l’origine de l’entartage du Président de l’Université de Nancy 2, lors de l’ouverture d’un colloque sur la provocation. Le slogan de la revue, emprunté à Saint-Augustin, était « Inter facies et urinam nascimur » (Nous naissons entre la fiente et l’urine). Dedans j’y ai écrit quelques petits textes, nouvelles et poèmes dans une rubrique intitulée : « Suicide & Rigolade ». Je reconnais que tout n’était pas très bon dans mes petites œuvres. J’avais un peu l’impression d’être Pierre Perret perdu au beau milieu d’un pogo. Bref je n’étais pas à ma place. Mais, grâce à eux, j’ai remis Richepin au goût du jour en y publiant deux de ses textes toujours aussi corrosifs cent ans après. Dans le numéro 4 parait un texte de Jean-Louis Costes (artiste performeur punk connu seulement des milieux branchouilles décadents qui aiment se faire peur avec du faux sang) intitulé : « Pédé-Pédophile » où, sans humour ni talent, et avec un soi-disant 2ème degré, invisible aux yeux d’un prolo comme moi, il fait l’apologie de la pédophilie. Même si tout cela n’est que de la provocation, je ne la comprends pas. Du coup, je réagis avec un court texte dans le numéro 5 et 6 (c’était un numéro double) où je dis, en prose, et en gros, que si l’envie te prends d’enculer un enfant, branle-toi et fais pas chier ton monde !… Curieusement ça sera le dernier de mes textes qu’ils prendront. Je serais tricard sur les autres numéros. Dommage. Je commençais à trouver mon style. Je vais continuer à suivre leurs productions tout de même car je trouve qu’ils ont du talent. Aujourd’hui la revue n’existe plus mais elle a donné naissance à une maison d’édition indépendante et c’est toujours bien. Beaucoup plus tard, le 24 Juin 2005, je retombe sur ce texte. Je m’amuse à le versifier. Puis je prends ma guitare et je trouve une mélodie pop. Voilà comment est né « Si tu veux te changer en gomme ». Une chanson qui va devenir le rappel idéal à la fin de tous mes concerts. Michel Deltruc (le batteur de ROSETTE, TH8, JAGGER NAUT, LA BANQUISE, KALIMBA, LORIS BINOT QUINTET, EXPERIMENTAL WEDDING, THOMAS MILANESE, CHASS ‘ SPLEEN et AZÉOTROPES) assurera la batterie sur ce morceau lors de son enregistrement et lui donnera sa petite touche originale.
13. Y Mi Culo (03:39)
J’ai deux belle-sœur formidables. La plus jeune d’entre elles avaient l’habitude, jadis, de conclure les débats familiaux par cette phrase laconique:  » Et mon cul c’est du poulet ? » Et puis un jour elle décide de parachever ses études, grâce à Erasmus, et à l’instar de Romain Duris, dans la pittoresque ville de Barcelone. Nous étions tous un peu triste de devoir se passer d’elle pendant un an car nous aimions (et aimons toujours) sa compagnie. Or, ce 25 Septembre 2002, quelle joie de recevoir dans notre boîte aux lettres une carte postale, venu d’Espagne, avec comme seule inscription : « Y mi culo es pollo ? » On était tous écroulé de rire. Je trouvais la formule de Célia judicieuse car elle résonnait un peu comme un refrain de Manu Chao qui était très à la mode à cette époque. Je décide alors d’écrire une parodie. Seul le refrain résonne comme une chanson de Manu, le reste étant plus proche de l’écriture de Magyd Cherfi qui était l’une de mes grandes influences du moment. Quand au sujet, il était tout trouvé. Puisqu’on est dans la volaille, versifions sur le symbole même de notre beau pays : le coq. Je n’ai jamais eu l’instinct patriotique. Seule forme avouable de xénophobie, le patriotisme est une invention de salopards pour envoyer des hommes à la boucherie. Bien que je ne renie absolument pas cette chanson, je crois qu’aujourd’hui je n’en referai plus de ce genre préférant l’originalité à la parodie. Elle sera la toute première chanson, de mon premier album solo sorti en 2005 : « Dépareillé ».
14. Yapadekoi (02:22)
Voilà typiquement une chanson de chansonnier et donc, du coup, une chanson éphémère. Contextualisons : nous sommes le 19 Septembre 2002. L’ancien haut-fonctionnaire du régime de Vichy, Maurice Papon, a vu sa peine suspendue pour raison de santé. Sa libération a confirmé la nature éternelle de la justice dans ce pays. « Suivant que vous serez puissant au misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… » Car, en parallèle, Nathalie Ménigon (impliquée dans des actions terroristes revendiquées par le groupe Action directe et condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité depuis 1989.) est, quant à elle, toujours détenue, alors qu’elle a déjà subi deux graves AVC (accident vasculaire cérébral) et que les médecins craignent un troisième qui pourrait lui être fatal. Elle a pratiquement perdu l’usage du bras et de la jambe gauches. Cette actualité me mets en rage. D’autant plus qu’en 2002 il y a aussi plusieurs cas de double-peine qui consiste pour la justice, à prononcer, en plus de la condamnation d’un prévenu, une peine complémentaire d’interdiction du territoire français, s’il est étranger, donc en clair on le condamne à être expulsé quand il sortira de prison. Cette disposition existe depuis l’après-guerre et elle n’a jamais été supprimée. Et, ce même septembre 2002, Bernard Tapie, Plusieurs fois impliqué dans des affaires judiciaires (il a notamment été condamné à de la prison ferme pour « corruption » et « subornation de témoins »), présente « A tort ou à raison » un méga show sur TF1 ou après un exposé du maître de séant, des invités interviennent sur les sujets du jour qui seront entrecoupés de mini-reportages. Bref je bous devant tant d’injustice… Je prends mon stylo qui va vite sur la feuille blanche et j’enchaine deux accords (pas plus, pas moins) pour transformer mon texte en chanson coup de gueule. Aujourd’hui je trouve qu’elle est complètement dispensable, que j’aurais peut-être dû en enregistrer une autre plus importante à mes yeux dans mon premier album. Mais elle m’a permis de faire chanter tous les potes de l’époque sur le refrain à savoir : Hélène Broyez (avec qui j’ai cofondé, avec Yan Loppion itou, le festival de chanson « Fleur des Chants » jadis), Simon Wederhake (qui jouait de la guitare dans « Planète Z » à l’époque), Armelle Witzmann (ma lapine noire préférée), Franck Fisher, Fabrice Colombéro (hé oui, il était déjà mon pote), Sylvain Asselot (Un des Papillons), Olivier Fresson (le cœur de Mon Desert), Edwige Knemp (j’ai plus de nouvelle, j’espère qu’elle va bien), Jean-Baptiste Dolard (Pote depuis la cinquième et toujours présent aujourd’hui) , Valérie Bour (qui est devenue la Muse de Marianne James), Alix Vitacolonna (qui a toujours été sur tous mes disques), Ségolène Neyroud (Papillonne), Nordine Berarma (le beauf en chef) Maël Nesti (evidemment) et Mélanie Colin (qui était ma pianiste à l’époque et qui a beaucoup œuvré dans les arrangements de ce premier disque).

 

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Paru le 22 février 2005

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