Chute Libre – Éric Mie

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Description

Troisième album solo d’Éric Mie paru en 2014, « Chute Libre », entre ballades sentimentales et frondes libertaires, offre un beau panel représentatif de son talent. Les textes de ses chansons, dépeignant avec humour et férocité notre médiocre époque, auraient ravi aussi bien Rabelais le paillard, que Rutebeuf l’insurgé. Enregistré, arrangé, mixé et masterisé par l’indispensable Maël Nesti (Multi-instrumentiste de grand talent et homme de l’ombre de la plupart des A.C.I. lorrains) mais aussi avec la collaboration du compositeur, sound designer, directeur de création indépendant et producteur de musique Florent Campana (plus habitué à travaillé sur des sons électros ou death metal, pour des pubs Ciné/TV, série TV en France et aux U.S.A.), « Chute Libre » est la rencontre improbable entre deux univers radicalement différents, qui a pourtant eue lieu, et donné le son globale de ce disque de chanson française. L’album proposant une richesse musicale, plus accomplie que les deux premiers disques, avec des musiciens, renommés dans leurs domaines, invités à jouer sur certaines chansons comme Jenny Demaret (Nyckelharpa et Violon ), Thomas Milanese (Banjo, Harmonica et Dobro) ou Lisa Louize (Chœurs).

 

Chute Libre

 

1. Nouchka (02:26)
En 2010, nous avons eue un véritable mois de décembre fait de neige, de givre et de frisson partagé. Rappelez vous tout le vert était recouvert de blanc. Vieux et vieilles faisaient merveille, glissant, cabriolant. Le verglas c’est le glas des cheveux mauves et blancs. Moi, personnellement, j’avais peur. Car ma Muse était enceinte jusqu’au cou pour la troisième fois et à tout moment je m’apprêtais à braver le danger verglacé afin de mener mon amour à la maternité. C’est qu’il y a bien 30 mn de route entre Ploucland et Boboland. Mais miracle, sur le chemin, après la perte des eaux, je n’ai eue aucune difficulté. Comme si la fée de l’hiver veillait sur mon nouveau bébé. Comme si cette même fée était aussi sa marraine. D’ailleurs sur cette route, dans un fossé enneigé, une biche et ses deux faons nous ont regardés passé avec une bienveillance surprenante. Je vous jure que c’est anecdote est authentique. On aurait dit que ma femme portait leur nouveau prophète. Et en ce moment je me sentais un peu joseph. Ce n’était plus le cerf qui avait des bois sur la tête. Et ma troisième fille Nouchka est née ainsi que la nouvelle reine de l’hiver… La chanson, elle, fût terminée le 31 Décembre 2010 dans la chambre 225 de la maternité Adolphe Pinard de Nancy (54). Nouchka est née le 28 Décembre 2010 à 23h25. Je suis re-re-papa !… A noter, dans l’arrangement, signé toujours par mon François Rauber à moi : Maël Nesti, la présence d’un instrument de musique traditionnel à cordes frottées d’origine suédoise, plus précisément de la région d’Uppland, au nord de Stockholm qui appartient à la même famille que la vielle à roue et la vièle et qui existe depuis le Moyen Âge : le ou la nyckelharpa.
2. Dans ton poing (03:22)
En Mai 2008 les pêcheurs du port des Sables-d’Olonne débutent un mouvement de grève contre la hausse du prix des carburants. Les jours suivants la grève s’étend dans d’autres ports. Je commence l’écriture de cette chanson dans cette actualité, qui résonne beaucoup en ces temps de gilets jaunes, sur ce jeu de mot : « Y’a plus rien dans les pompes, y’a pas fuel aujourd’hui / Les pêcheurs ont du fiel à revendre au pays… » Je me souviens exactement où j’étais quand j’ai entrepris l’écriture de cette chanson : assis sur un banc dans un parc public d’Essey-Lès-Nancy, pas loin d’une clinique, en train d’attendre ma compagne qui faisait des examens médicaux. Je me souviens aussi de mes interrogations face à l’idée que je développais dans ce texte. J’ai toujours pensé, et je l’ai surement déjà dit dans l’une de mes histoires de mes chansons, qu’une chanson violente, ou tout autre œuvre, est le seul recours pacifique pour lutter contre la vraie violence. Malgré tout ce que l’on peut dire, je pense que l’art n’a jamais tué personne. Il peut choquer ou blesser l’amour propre mais ça s’arrête là. Je repensais aussi, une nouvelle fois, à la vraie fin que Boris Vian avait écrite pour « Le déserteur » et que Mouloudji avait refusé de chanter :
Prévenez vos gendarmes
Que je possède une arme
Et que je sais tirer !
Je voulais une fin tout aussi radicale pour ma chanson. Etant un enfant d’Hara-kiri, de Choron et de Cavanna, j’estime qu’une chanson, comme un dessin, doit être, parfois, un coup de poing dans la gueule. Car, l’ayant observé sur moi, je pense que c’est en choquant qu’on peut faire changer un tout petit peu les mentalités. Et naturellement, comme à chaque fois que j’écris une chanson, mille questions philosophiques planent au dessus de moi. Est-il légitime, nécessaire, voir inévitable, de recourir à la violence en vue d’instaurer un monde plus humain, conforme à notre idéal ? Peut-on lutter contre les violences existantes en recourant à la violence? Doit-on répondre à l’injustice par l’injustice? Aujourd’hui, seul l’Etat est habilité à utiliser la violence et, en tant que sympathisant des idées anarchistes, l’Etat est à mes yeux : la violence. Le peuple qui s’était révolté en 1789 contre le pouvoir en place, se méfiait déjà en 1793 de ceux qui disaient les représenter. L’article 35 de la déclaration des droits de l’homme donnait donc au peuple la possibilité d’insurrection contre ses dirigeants : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.» Mais en 1810, le Code Napoléon prévoit de punir les insurgés et en 1992 la loi devient même encore plus répressive. Elle qualifie de mouvement insurrectionnel toute violence collective de nature à mettre en péril les institutions de la République. Le fait de diriger ou d’organiser un mouvement insurrectionnel est puni de la détention criminelle à perpétuité et de 750 000 euros d’amende. J’ai écrit « Dans Ton Poing » le cerveau baigné dans toutes ces questions et dans une France gouverné par l’ignoble Vizir Sarkozy. Elle est sortie sous le gouvernement Hollande. Cela ne me dérangeait pas car je ne voyais pas trop la différence. A noter les voix de Laval et Pétain au début de cette chanson enragée. Sarko avait dit dans une interview, que je ne retrouve plus, à peu près la même chose que le maréchal. A noter aussi la présence de GrandNico SansHaine qui a transcendé le morceau avec sa guitare de feignant : Reso-Phonic slide !…
3. Le tube du bonheur (02:54)
« T’en as pas marre de faire chialer dans les chaumières ? Y’a pas assez de choses tristes sur ce monde pour que tu en rajoutes une couche avec tes pleurnicheries semi-chantées ? Tu sais ce qui te manque toi ? Un tube ! Seulement à force de vouloir ressembler à un mélange de Thiéfaine, Font et Ferré mâtiné de Vanony, bah, t’es pas connu !… Voilàààà !… ça ne sert à rien de ressembler à ODB si c’est pour finir tes dimanches chez mémère plutôt que chez Drucker ! Faut que t’écrive un tube !… »
«  C’est quoi un tube ? »
«  Tu sais pas ce que c’est qu’un tube ! Mais t’es vraiment trop con ! Un tube c’est un machin creux à l’intérieur. C’est simple tu utilises les 4 accords magiques pour le fabriquer, à savoir : Mi Majeur, Si Majeur, Do# Mineur et La Majeur. Ce sont les accords de Let it Be (Beatles), Kids (MGMT), Poker Face (Lady Gaga), You’re Beautiful (James Blunt), Take on Me (Aha), No Woman no Cry (Bob Marley), With or without you (U2) etc etc… Ou alors tu fais LA mineur, Fa Majeur, Do Majeur et Sol Majeur. C’est ce qui a servi pour faire : 21 guns (Green Days) Aïcha (Khaled), Au Soleil (Jenifer), Belle Demoiselle (Christophe Maé), Canvas Bags (Tim Minchin), Comme Elle Vient (Noir Désir), Danse (Grégoire), Dingue Dingue Dingue (Christophe Maé), Don’t forget me (Red Hot Chili Peppers), Elle m’a dit (Cali) Femme Libérée (Cookie Dingler), Grenade (Bruno Mars), Je Fais De Toi Mon Essentiel (Emmanuel Moire), Jeunes et cons (Damien Saëz), La dernière danse (Kyo), One Of Us (Joan Osbourne), Otherside (Red Hot Chili Peppers), Papa (La Fouine), Passengers (Iggy Pop), Rue Des Etoiles (Grégoire), Save tonight (Eagle Eye Cherry), Snow (Red Hot Chili Peppers), Soleil (Grégoire), Superstar (James Blunt), Ta Main (Grégoire), Thanks for nothing (Sum 41), Toi + Moi (Grégoire), Une seule vie (De Palmas) Zombie (The Cranberries) etc. Ensuite tu écris un texte positif et simple. La simplicité c’est ce qui est le plus important dans un tube. Faut être léger comme une crème chantilly et ne parler que du vent dans les branches. On veut du soleil, de la guimauve et du sucré. Ensuite, tu fais Couplet 1 / Refrain / Couplet 2 / Refrain / Pont / Refrain. Le refrain est important car je t’ai vu, du con de chansonnier à la mord-moi-la-rime, tu as commis plus d’une fois la bourde de faire une chanson sans refrain ! Faut un refrain simple et efficace qui rentre dans la tête pour ne plus jamais en sortir ! Le genre de refrain que les gens aiment chanter sous leur douche. Et bim à toi la coke, la piscine et les putes ! »
C’est à force d’entendre ce genre de discours que j’ai eue envie de m’essayer, moi aussi, au tube. Je n’ai pas pris les accords magiques d’aujourd’hui mais plutôt ceux des années 50. Le fameux Ré / Fa#m / Mim7 / La7 qui a servi à tant de standard du jazz. Et le 17 Mai 2009, je atèle à construire un tube. Et ça devient une mise en abîme, la chanson dans la chanson…
Puisque on me demandait une chanson de salle de bain, on va pousser le vice, jusqu’à enregistrer réellement ma voix sous la douche. Quand aux oiseaux du début c’est réellement ceux de mon village. Quand mon disque fût terminé, je l’ai envoyé aux radios (Aux diverses stations de Radio France ainsi qu’à Europe 1, RTL et RMC) car je voulais faire les choses à fond. Je ne voulais pas qu’on m’accuse de n’avoir pas été jusqu’au bout de la démarche. Bah, figurez-vous, que, sur tout l’album, c’est celle-ci qui a été choisie et qui a été programmée, le Samedi 20 juin 2015, sur une radio nationale ! Et ce fût sur la plus improbable des stations de radio pour une chanson française de ce style à savoir : France Musique. L’émission s’appelait : « Le temps d’une chanson » et elle était produite et animé par Laurent Valero. Merci à lui !…
4. Caravane dépression (02:06)
Il les avait remarqué, lui, ces caravanes qui se meurent au fond de nos jardins, ces ruines de nos envies de voyage. Alors il a pris son plus bel appareil photo, son grand talent et il est parti en chasse. A la fin, Arno Paul, car c’est de lui qu’il s’agit, avait matière pour faire une exposition. Quand il m’a présenté ce projet, j’étais enthousiasmé. Je trouvais que c’était une grande idée, poétique et mélancolique. Arno Paul je le connais depuis longtemps. C’est un ami. Et j’ai vu, au fil du temps, l’artiste photographe naitre. C’est aussi mon négatif dans sa façon de faire. Il prend son temps, pèse le pour et le contre, mesure tous les paramètres avant de se lancer dans un projet, là, où, moi, je plongerais dans une piscine sans eau. C’est lui l’auteur de mes trois premières pochettes de disque. J’ai été l’un de ses premiers cobayes pour ses découvertes photographiques. Ensuite, il a pris en photo des gens comme Stromaé, Julie Gayet, François Damiens, Mathieu Boogaerts, Cédric Klapisch, Jain etc. Fait un livre avec Philippe Claudel : “Inventaire” et plusieurs expos. Son parcours est impressionnant. Il m’a donné l’envie d’écrire une chanson tant son projet me faisait rêver. Chanson qu’il a intégrée à son Installation/Exposition “Caravanes” lors de la Biennale Internationale de l’Image de Nancy en 2014. On pouvait l’entendre en rentrant dans la caravane, garée au milieu de ses photos, sur un petit magnétophone des années 70. Je me souviens de l’endroit précis où je l’ai écrite. Pour les besoin d’un festival de théâtre, j’étais hébergé chez un couple très sympathique qui habitait dans un lotissement à Basse-Ham. Le matin du 1er Août 2013, j’étais seul dans la cuisine et j’ai écrit cette chanson qui est venue très vite, comme une évidence. Derrière cette histoire de caravane, je redisais une nouvelle fois « Je t’aime ». Elle fait partie des 5 chansons dont je suis le plus fier. Moi qui ne me considère jamais comme un musicien, j’ai trouvé là une petite mélodie qui me plait bien. Elle est naturellement dédiée à Arno Paul. Et je l’embrasse au passage ainsi que sa compagne et ses enfants.
5. Mort ou vif (02:27)
Ma chanson normande et norvégienne. Je m’explique. Nous étions en vacances à Ermenouville (Haute-Normandie) petit village typique, juste à côte de Bourville, ce mois d’aout 2010. Et d’ailleurs, pour visiter les alentours, nous nous étions amusés à mettre la voix de Bourvil dans le GPS. « Ho bah dis-donc ! Faut tourner à gauche, là… » Une amie Norvégienne, nous avait offert un disque de Aasmund Nordstoga, musicien, chanteur et compositeur norvégien originaire de Vinje. Ce fût le disque de nos vacances. On n’écoutait que ça dans la voiture. Je ne comprenais absolument pas ses paroles mais sa voix et sa musique me plaisaient beaucoup et, comme à chaque fois, quand j’écoute des chansons dans une autre langue, j’en imaginais d’autre. Et c’est donc, à chaque fois qu’on reprenait la voiture pour une nouvelle visite en Haute-Normandie, que ma chanson se structurait, petit à petit, dans ma tête. Pour ne pas l’oublier, j’écrivais la partie inventé dans la voiture, sur l’une des mélodies de l’album « Ein Visefugg », sur un bout de papier dès notre retour au gîte. Le 21 Aout, le premier couplet, le 22, le deuxième et le 23 Août 2010 le dernier faisant office de conclusion. Je serais curieux de savoir ce que racontent réellement ses chansons. Moi, sa musique m’a inspirée cet hymne cynique et libertaire. Par la suite, j’ai évidemment changé la mélodie afin de signer entièrement paroles et musique. Une chanson que je chante toujours dans mes solos. Parce qu’elle fonctionne très bien sur scène. Voilà.
6. Lunéville (04:17)
La première version de ce texte date de 1997. Puis en 2000 je l’ai remanié pour le retravailler une dernière fois encore en 2006. C’est assez rare pour le signaler car je suis, à tord, un pisse-copie de premier jet en général. Mais c’est une chanson que je voulais parfaitement lié à ce que j’ai vécu du temps où je traînais mon cafard de collégien au triste internat de Saint Pierre Fourrier. C’est mon « Dirty Old Town » à moi. C’est naturellement le Lunéville de mon enfance que je dépeins. Celui de cette prison où je fus interné à 12 ans. Quand je vois ce qu’est un sixième aujourd’hui, je me dis que c’est dingue d’enfermer un enfant si petit dans un tel cloaque. Les curés étaient moches, sévères et réacs. Je me souviens de celui qui ressemblait à Yves Calvi avec une soutane tachée de craie et d’autres choses. Et d’un autre qui nous faisait, tous les soirs, un sermon où, systématiquement, il nous parlait de la 2ème guerre mondiale. « Ne vous plaignez pas mes enfants. Vous n’avez pas connu la guerre avec son lot de privations. » Il nous en parlait tant que je me demandais s’il ne regrettait pas un peu ce temps. Je me souviens aussi de l’immense dortoir avec les lits alignés. On devait être une bonne trentaine là-dedans. Et des courses autour du château. Moi, je refusais de courir. Je n’ai jamais couru de ma vie. Le gros prof de gym qui était con comme un manche était exaspéré. Il hurlait, assis sur son banc : « Ho Grandemange ! (c’est mon vrai blase) Tu vas courir oui ! ». Il pouvait même me taper dessus, j’ai toujours refusé de courir. C’est aussi à Saint Pierre Fourrier que j’ai perdu la foi. Oui, aussi étrange que ça puisse vous paraître, j’ai cru en Dieu. J’ai fait ma petite, ma grande communion et la confirmation. J’aimais bien le curé gentil qui me faisait le catéchisme au village. Il avait une petite marionnette de marmotte et nous expliquait la vie de Jésus comme un ventriloque. C’est quasiment Tatayet qui m’a lu le Nouveau Testament, grâce à ce bon abbé. Mais, au milieu de cette armée de curaillons, tristouilles et crapuleux, j’ai déchanté. Ce n’était pas possible qu’un Dieu, juste et bon, puisse laisser des enfants aux mains de ces brutes épaisses. Cette chanson c’est aussi le souvenir de mon père, tout aussi sévère. La semaine c’était les curés qui me traumatisait et le week-end mon père. Tout était bien planifié…

Je t’aime comme

J’aimais cet homme

J’aimais mon père

La force de cette chanson c’est aussi son arrangement minimaliste signé Maël Nesti. Comme d’habitude, je suis venu avec ma chanson et ma guitare. Je lui ai chanté. J’ai dû faire un gling-gling des plus banals. Il a dit : « Ouais !… Elle est bien. » Et il l’a transcendé avec son jeu de guitare électrique proche des trouvailles radicales de Rodolphe Burger.

7. La gueule ouverte (03:49)
Si j’écris, encore et toujours, des chansons rouges coco et noirs anar, ce n’est pas de ma faute, madame, mais celle de la société ! Et pis aussi celle de Brassens, Ferré, Renaud, Béranger, Bruant, Tachan et Font qui m’ont influencé et ont chanté des chansons antitout et utopistes bien avant moi. Moi, voyez-vous, je suis pure comme du cristal de Baccarat, qui pourrait cependant trancher le cou de bien des hypocrites. Mais comme je suis également pacifiste, déserteur et un peu lâche aussi, je ne le fais pas. Je vous respecte et passe mon chemin. Mais permettez-moi de rester antimilitariste, antinucléaire, anticalotin et anticapitaliste. Et de cacher, derrière mon sourire de politesse, mon dégoût puéril des flics, des juges, des militaires, des curés de tout bord (même ceux du dogme Laïcard), des chasseurs, des pollueurs, des huissiers, des bourgeois, de la valeur travail et de la justice d’état. Et de haïr les prisons, les frontières, les religions, les dogmes, le fric, la patrie, les écoles publiques comme les écoles privées et les élections. Car, au fond du fond, je suis un adolescent borné qui hait ce pays haineux de sales cons, moches et méchants avec des cravates rouges ou bien bleus et la Marseillaise est une chanson de merde que je conchie. Je rêve tellement d’un monde plus fou et joyeux à l’heure où l’on se contente toujours du moins pire. Le moins pire… Toujours le moins pire… 47 ans de moins pire… Mais, moi, je voulais du mieux. Je rêvais du mieux. Du beaucoup mieux même… évidemment qu’il faut le moins pire… Mais, à l’heure où les moins pires sont de pire en pire, je préfère faire un pas de côté et écrire, une nouvelle fois, une chanson utopiste et revancharde bien caché dans mon antre. C’est ce que je fis le 8 Juillet 2012 à Buding. J’ai écris cette chanson très très vite. Par contre pour la musique et le titre ce fût un long chemin laborieux. Au départ cette chanson s’appelait « Sur nos ruines ». Mais je n’aimais pas. Puis « ça ira » mais ça existait déjà. C’est en retombant sur ce vieux journal écologiste et politique fondé en novembre 1972 par Pierre Fournier, pacifiste convaincu et journaliste à Charlie Hebdo, que le titre fût comme une évidence. Ce journal dénonçait déjà les multinationales, la malbouffe, les manipulations médiatiques et inventait la décroissance bien avant que ça devienne un véritable mouvement. Ça me plait de faire un clin d’œil à « La Gueule Ouverte » aujourd’hui. Pour la musique, j’en ai proposé trois différentes à Maël mais on n’était jamais convaincu. Un jour, il a fabriqué un rythme sur son ordinateur, et collé dessus une ligne de basse. C’est sur cette structure que j’ai inventé la mélodie retenue. Mais le travail n’était pas terminé. Je ne sais pourquoi mais c’est la chanson qui nous a le plus donné de mal au niveau du mixage. On bloquait toujours dessus. Et, pour tout vous avouer, même aujourd’hui quand j’écoute l’album « Chute Libre » dans son intégralité, je trouve qu’il y encore quelque chose qui cloche. Lors d’un moment de blocage sur cette chanson, je vois, posée contre le mur, une flute harmonique. Cette flûte se caractérise par l’absence de trous pour les doigts. C’est l’instrument fétiche des bergers des pays scandinaves. Un seul doigt joue en bouchant ou débouchant l’extrémité de la flûte. On joue donc sur deux notes différentes et le flûtiste peut obtenir les premières harmoniques en augmentant la pression de son souffle. Les notes principalement utilisées sont comprises entre la deuxième et la 4e octave. On obtient alors une gamme dite « harmonique ». Pendant que Maël se cassait la tête à trouver une solution sur le morceau, je m’amuse donc à jouer de cette flûte. Maël se retourne vers moi. Je pensais qu’il allait me dire : « tu ne veux pas arrêter ton boucan là, j’essaye de travailler ! ». Mais non. Il a un large sourire. Il me propose de m’enregistrer. Et voilà comment cette flûte se retrouve sur cette chanson. Elle est surprenante mais marche bien dessus. A noter la présence de l’amie Colette Losange dans la citation sartrienne au début du morceau. Ça aussi c’est une sacrée histoire car on a enregistré sa voix dans les beaux quartiers de Paris. Elle s’amusait à gueuler : « « La quantité de merde qu’il y a dans le cœur d’un bourgeois » sous les regards médusés des passants BCBG. Un bon moment. A noter aussi les vocalises très inspirées de la talentueuse Lisa Louize à la fin du morceau. Merci encore mille fois à elle.
8. Seul à la maison (02:38)
Chanson écrite et composée le lundi 8 avril 2013, réellement quand j’étais seul à la maison et en regardant tout autour de moi. C’est un tableau très intime. Il suffisait d’y rajouter la sonnerie du téléphone, un drame mystérieux et sous-jacent, ce fameux poison si cher à Bob Dylan, pour obtenir, véritablement, une chanson. Enregistrée en une seule prise, moi à la guitare d’accompagnement et la voix pendant que Maël Nesti Joël-Favreauise derrière, elle fût la deuxième de mes chansons à passer sur la radio nationale France Musique dans l’émission « Le temps d’une chanson » produite et animé par Laurent Valero.
9. Le réconfort du suicidaire (02:58)
Je me souviens très bien de l’écriture de cette chanson. J’étais hébergé à Paris chez un magicien de grand talent, l’ami Loïc Marquet. Comme je me sentais un peu tristouille, je ne sais plus pourquoi, j’ai décidé d’appeler mon pote Fabrice Colombero pour me plaindre et chouiner un peu. Mais, stupeur, c’est lui qui avait beaucoup plus besoin d’aide !… Alors j’ai essayé d’avoir les mots qui réconfortent bien que j’étais, tout comme lui, au bord des larmes. Après ce coup de fil, j’ai écrit ce chant et je lui ai dédié. Bref c’est une histoire d’amitié cette chanson. Que dire de plus ?…
10. Rue Rabelais (02:56)
Voilà une chanson que je n’ai pas écrite ou du moins pas réellement comme on l’entend. Je l’ai composée dans ma tête, répétée sans cesse, pour ne pas l’oublier, et quand j’ai pu mettre la main sur un stylo, et un bout de papier, je l’ai retranscrite telle quelle. J’étais en vacances en famille dans le Jura ce 22 Août 2012. Dans un endroit où il y avait plein de lacs. On se baignait quasiment tous les jours. C’est dans l’un de ces lacs que m’est venue cette ritournelle. Au départ j’avais trouvé le jeu de mot : « Dans la rue Rabelais / Y’a un arabe laid ». J’aime bien ce genre de rime plus que riche et y’en a beaucoup dans mes chansons : « Je veux une mort fine / Prendre de la morphine », « Un pays sans / Un paysan », « ô Lunéville / Ta lune est vile », «Triste, fatigué, las, Clément / Se jette dans le lac Léman » etc. Et j’ai déroulé la suite de l’histoire. Bien qu’il ne soit absolument pas laid, ni vendeur de kébab, j’avoue que j’ai pensé à mon beau frère Nordine en imaginant cette histoire. Vendre des Kebabs Bios dans un quartier bobo c’est le genre d’idée qu’il aurait pu avoir. Nordine a des idées toutes les 2 minutes. Il est courageux et va toujours de l’avant, là où je vais me noyer dans un océan de doute et me recroqueviller dans la peur des autres. La réplique culte du nanar « Terrain Miné » de Steven Seagal (que j’ai mise en intro de la chanson) lui va comme un gant : « Ce mec là, tu le largues au pôle nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent et demain après-midi tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. » Comme moi, il a eue une enfance compliquée et il s’est fait tout seul. C’est un véritable autodidacte qui nous prouve que le concept Zolien sur le déterminisme social ne marche pas à tous les coups. Etant une chanson inventée sans l’écrire, donc loin des dictionnaires, du recule et de la réflexion nécessaire, elle est remplie de bourdes. Juste pour le besoin d’une rime riche, je parle d’un arabe vendeur de Kebab, là où d’ordinaire ce sont plutôt des turcs. Je fais apparaître une fée Berbère pour l’aider. Hors les berbères sont un groupe ethnique autochtone d’Afrique du Nord mais qui n’a rien avoir avec les arabes. Bref du grand n’importe quoi… Mais ce qui compte c’est ce qui reste : l’histoire d’un petit qui devient grand juste parce qu’il est plus malin que les autres. La morale serait : pour sans sortir dans la vie soyez donc plus malin que vilain !… Pour la musique, je me suis amusé à créer une scottish qui est ma danse préférée. Vous pouvez essayer ça marche ! That’s all folk!…
11. N'importe qui (03:25)
Elle s’appelait Maria. C’était la femme de ménage du Caveau de la République. Elle était âgée mais continuait quand même à venir travailler ici, avec son mari. Elle était portugaise et j’aimais son petit accent. Elle avait été embauchée dans les années 50. Elle les avait tous croisés et j’aimais bien venir, bien avant l’heure de notre passage sur scène, pour parler avec elle. Je pouvais l’écouter des heures me raconter les débuts ou différentes anecdotes sur Charles Aznavour, Edmond Meunier, André Rochel, Martial Carré, Jean Valton, Robert Rocca, Léo Campion, Pierre Destailles, Pierre Doris, Patrick Font, Les Frères Ennemis, Robert Lamoureux, Francis Lemarque, Ricet Barrier, Jean-Roger Caussimon, Enrico Macias, François Corbier, Serge Llado, François Morel, Jacques Ramade, Laurent Ruquier ou encore la pianiste-compositrice Gaby Verlor. C’était la mémoire vivante de ce lieu incroyable. Elle m’en a raconté des vertes et des pas mûres. Tremblez, grands de la terre, car j’en sais des choses sur vous grâce à elle !… Un jour, un de l’équipe du temps où nous y étions, nous surprends dans les coulisses en train de papoter sur le passé chansonnier du lieu. Maria panique. Comme si elle était prise en flagrant délit de ne rien faire, elle reprend vite ses chiffons et ses balais et s’en fuit. Et le type me dit (je ne vous dirais pas son nom car il ne le disait pas d’une manière méchante mais plutôt en usant, une nouvelle fois, de son humour cynique) : « Tu parles vraiment avec n’importe qui, toi !… C’est la femme de ménage !… »

J’avoue que je n’avais pas perçu le second degré dans cette phrase. Heureusement, on s’est expliqué après. Mais sur le coup, j’ai été fâché. Je lui ai rétorqué : « N’importe qui n’est jamais n’importe qui ! ». Une pensée que je me suis empressé d’écrire dans mon carnet pour ne pas l’oublier. Je tenais là un bon sujet de chanson et sans aucun doute l’un de mes plus beaux refrains. Le jeudi 24 septembre 2009, je vais l’écrire complètement. Quand je décide de l’enregistrer sur mon troisième disque solo, je me souviens de Poune (alias Audrey Di Nardo) qui n’est pas n’importe qui non plus. L’été 2008, la compagnie de Théâtre Nihilo Nihil, dont j’ai l’immense honneur de faire partie, décide de monter « Thyl Ulenspiegel » pour le festival de théâtre de l’Arc Mosellan. Ce festival mélange des comédiens professionnels et des amateurs de grands talents tous sous la houlette du metteur en scène Rémi Barbier. Cette année là, nous faisons la connaissance de la jeune Audrey. Ella avait alors 19 ans. Son rêve : devenir comédienne. Elle le deviendra. Mais, à l’époque, rien n’était moins sûre et son avenir l’inquiétait. Elle découvrait la vie de comédien, avec nous, mais aussi les soucis liés à notre régime des intermittents. Bref autant de choses attirantes que répulsives chez, nous autres, les saltimbanques. On sympathise très vite. Je deviens, pour elle, une sorte de gros copain sur qui on peut taper en rigolant très fort et, elle, la seule fille que je gifle avec grand plaisir. Bref on joue aux cons et on adore ça. Comme c’est un spectacle en extérieur, une garde est prévue pour éviter que des malotrus nous piquent des projecteurs la nuit. A tour de rôle, on fait le guet. Une tente est prévue, près de la régie lumière, pour dormir un peu. Un soir que c’était mon tour, Poune me dit « je viendrais te voir vers 3h du matin pour te montrer un truc. » J’étais intrigué. Qu’est-ce qu’une jolie fille de 19 ans pouvait me montrer au beau milieu de la nuit ? Elle est venue et elle m’a dit : « voilà je sais que tu chantes aussi et que tu as fait des disques, aussi je voulais te montrer un truc pour que tu me dises ce que tu en penses ? » Et elle se met à chanter une chanson complète, en anglais et a cappella. J’étais sur le cul. À la fois j’appréciais son culot et son talent car elle chantait très bien. Voilà pourquoi je l’ai embauché pour faire des chœurs dans l’album « Le Choléra » en 2009 puis pour chanter « N’importe qui » avec moi en 2013. Beaucoup de gens d’ailleurs m’ont avoué aimer cette chanson surtout à cause de sa voix. Merci à elle et une pensée émue pour Maria qui, peut-être, m’attend quelque part pour me raconter d’autres anecdotes sur mes amis chansonniers.

12. Pile Poil (03:04)
Pas besoin de dire plus ce que la chanson explique très bien. J’ai toujours trouvé malsain, à la limite de la pédophilie, cette fascination pour l’épilation totale et je suis heureux d’avoir vécu les années 70 et 80 où les filles nues, des magazines de charme, arboraient fièrement une pilosité de bon augure. Et pis les poils sous les bras ne sont pas là pour rien. Combien de filles, sans doute féministes et écologistes, s’épilent le dessous des bras pour être conforme à cette société froide et vont du coup se badigeonner de produits pour sentir bon alors qu’à la base les poils étaient là pour ça ? Y’a quelques chose d’absurde là-dedans. Les poils font partie intégrante du sens du toucher et plus particulièrement du sens thermique, ce sont leurs récepteurs qui nous avertissent de la température et de ses écarts locaux et de ses variations. Les poils augmentent la sensibilité et la sensualité du toucher et par conséquent des caresses : chaque poil est relié à une glande sébacée, cette dernière envoie de l’huile sur la surface de la peau et la lubrifie en permanence participant ainsi à en conserver la douceur. Les poils participent à la communication émotionnelle entre les personnes en raison de l’émission de phéromones. Sur le site Ecologielibidinale on peut lire : « Les êtres humains ont des poils sur toute la surface du corps sauf sur la paume des mains et sous la plante des pieds. Leurs poils sont développés à des endroits où les singes n’ont guère de poils (zone génitale) ! La pilosité humaine est donc spécifique, elle n’est pas un résidu. Au contraire elle a été sélectionnée par l’évolution. Or n’est sélectionné que ce qui rempli une fonction. » Sur la page wiki consacrée au poil, on peut lire ceci : « Sous les bras et autour des organes génitaux les poils semblent avoir la fonction de roulement à billes, diminuant l’échauffement et les inflammations, ainsi que l'{évaporation} de la {transpiration}, et peut-être la diffusion d'{hormones}.

Les poils, cheveux et autres {phanères} pourraient aussi contribuer à la détoxication de l’organisme, on y trouve, par exemple, une partie de toxiques tels que le plomb, le mercure ou l’arsenic absorbé via l’alimentation ou la respiration qui s’y accumulent. Dans les oreilles et le nez, des poils jouent le rôle de filtre et d’alerte en cas de pénétration (insecte, objet..) » Sur la page wiki consacrée aux poils pubiens, on peut lire ceci : « Certains pensent que les fonctions des poils pubiens incluent la dissémination de {phéromones} et la protection contre les frictions lors de {rapports sexuels}. Les poils pubiens forment également une protection naturelle contre les microbes auxquels une vulve épilée serait plus vulnérable. » Alors laissez vos poils tranquilles ! Après je dis ça mais vous faites bien comme vous voulez comme moi je chante ce que j’ai envie de chanter ! Non mais !…

13. Saverne (04:22)
Sans doute l’une de mes chansons les plus intimes. Pas la peine de vous l’expliquer. Tout est dit dedans. La statue, dont il est question dans la chanson, représente une jeune fille agenouillée, tenant une couronne d’épines et un calendrier. Cette figure allégorique représente les peines de chaque jour et le temps qui passe. Réalisée en 1841 par André Friedrich qui a aussi réalisé la Licorne de la place du Château, cette statue ornait au début du siècle le pont enjambant la Zorn dans la rue de la Gare. Elle a été placée au square de Latouche en 1908, puis au musée de la ville. Aujourd’hui elle finit ses jours, malheureusement très mutilée, dans la zone piétonne du centre-ville de Saverne. A noter que, pour son enregistrement, c’est l’une des rares chansons que j’ai assurée tout seul à la guitare et sans clique. Thomas Milanese est juste venu y ajouter un peu d’harmonica, Maël Nesti s’est promené dessus avec sa guitare et la chanson était bouclée comme l’album « Chute Libre »

 

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Paru le 1er novembre 2014

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